Théâtre : « Timon d’Athènes », de William Shakespeare au Théâtre de la tempête, à Paris.

Actuel.
« Timon d’Athènes » est une des dernières pièces de Shakespeare. Elle est rarement montée, ce qui est regrettable. Sans doute le dramaturge voulait-il prévenir le roi Jacques Ier des amitiés intéressées qui gravitaient autour de lui. Toujours est-il que le thème de la pièce est celui de la naïveté des prodigues qui récompensent des propos flatteurs par des présents de prix. Quitte à devenir misanthrope lorsqu’enfin les yeux s’ouvrent à la faveur d’un revers de fortune. 
À condition d’oublier les deux premières minutes du tout début (un texte récité en suivant le rythme et les intonations de la musique de sorte qu’on comprend un mot sur cinq), l’interprétation qui en est donnée au Théâtre de la tempête est très bonne. On croit à tous les personnages, mais sans doute encore plus à celui de l’intendant tant il est pétri de vérité (la tâche lui est un peu facilitée par la personnalité du rôle : un serviteur fidèle, loyal et qui, justement, va jusqu’à prévenir son maître des mensonges dont il est victime). 
La scène ne comporte que peu d’accessoires, on joue plutôt sur les lumières et sur les suggestions graphiques. Ainsi le texte et l’interprétation sont-ils mis en avant de façon particulière. La musique – percussions et cuivres – soutient sans empiéter sur le domaine des comédiens l’ambiance que ceux-ci créent. Le public devient ainsi vraiment l’observateur des âmes, des remous qui les agitent et de leurs évolutions éventuelles. Comme d’habitude chez Shakespeare, humour et misogynie sont de la partie, ce qui égaye le propos. 
Propos qui frappe néanmoins par son actualité : « le diable ne savait pas ce qu’il faisait quand il a fait l’homme politique, il s’est sanctifié ! », « promettre, c’est exactement dans l’air du temps ». Car là est aussi une des dimensions importantes de cette pièce, qui provoque une réflexion sur la gratuité et l’intérêt, l’amitié et le calcul. Elle acquiert alors un relief particulier autant qu’actuel et mieux vaut en rire avec Shakespeare si le spectateur veut éviter de devenir aussi cynique que ceux qui le dégoûtent…
Pierre FRANÇOIS
« Timon d’Athènes », de William Shakespeare. Avec Patrick Catalifo, Xavier Bazin, Philippe Catoire, Thibaut Corrion, Thomas Dewynter, René Hernandez, Maud Imbert, Jérôme Keen, Alexandre Mousset, Carole Schaal, Aksel Carrez, Ghislain Decléty, Valentin Fruitier, Thomas Harel, Jérémy Hoffman-Karp et aux instruments Karim Touré (percussions), Florent Hinschberger (trompette), Jon Lopez DeVicuna (saxo ténor, baryton, flûte traversière).  Lumières : Carole van Bellegem. Scénographie : Benjamin Gabrié. Adaptation et mise en scène : Cyril Le Grix. Du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures jusqu’au 2 avril au Théâtre de la tempête, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, métro : Château de Vincennes + navette ou bus 112. Tél. 01 43 28 36 36, www.la-tempete.fr

Photo : Pierre Francois

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