Théâtre : « L’Absence de guerre », de David Hare au Théâtre de l’aquarium puis en tournée.

Guerre secrète.
« L'Absence de guerre » est d'abord l'histoire très documentée des élections perdues par le parti travailliste en 1992, David Hare – cet auteur aussi célèbre dans son pays qu'inconnu en France –  ayant réellement eu accès à ses arrières-cuisines, dans lesquelles on forgeait l'image d'un candidat.
Dans sa mise en scène, Aurélie Van Den Daele donne un rôle majeur aux projections vidéo. Un peu trop dans la mesure où l'image a tendance à accrocher le regard au détriment de l'observation de ce qui se passe sous l'écran.
Il n'en reste pas moins que le fort contraste entre le décor, technique, froid, impersonnel et la mise en évidence des passions qui possèdent des candidats et conseillers en permanence au bord de l'explosion psychologique rend parfaitement compte de l'univers ambivalent du pouvoir.
Les rôles sont bien incarnés, au point que l'on se met à éprouver de la sympathie pour chacun de ces rouages humains qui se sont donné à la cause de leur parti. On réalise bien comment des personnes dont les parcours personnels sont complètement différents peuvent se retrouver dans une communion de joies et de souffrances partagées qui va aller jusqu'à supplanter leur vie de famille (« moi, ma femme m'envoie des polaroïds, comme cela je peux voir grandir les enfants » dit l'un d'eux). Et surtout, puisque c'est le cœur de la pièce, comment le fait de fabriquer un candidat trop lisse l'empêche de recourir à ses talents et instincts personnels au point de le mener à l'échec. Cette pièce est d'une certaine façon le procès des candidatures qui sont le fruit de stratégies de communication, elle est donc d'une actualité brûlante.
Pierre FRANÇOIS
« L'Absence de guerre », de David Hare. Traduction : Dominique Hollier. Mise en scène : Aurélie Van Den Daele. Avec Émilie Cazenave, Grégory Corre, Julien Dubuc, Grégory Fernandes, Julie Le Lagadec, Alexandre Le Nours, Sidney Ali Mehelleb, Marie Quiquempois, Victor Veyron. Du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures jusqu'au 3 février au Théâtre de l'aquarium, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, tél. 01 43 74 99 61, theatredelaquarium.com. Puis Le 21 mars à La Faïencerie de Creil, les 2 et 3 avril au Théâtre des îlets de Montluçon, le 5 avril à Fontenay en scènes, du 9 au 12 avril au théâtre de la Croix-rousse de Lyon.

Photo : Marjolaine Moulin.

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