Théâtre : Portrait de Maxime d’Aboville.

Maxime d'Aboville : portrait.
On ne présente plus Maxime d'Aboville. Parent de celui que connaissent les navigateurs*, son parcours est tout différent et autant couronné de succès : sélectionné deux fois pour les Molières dès le début de sa carrière – dans la catégorie « Révélation masculine » en 2010 et « Second rôle » en 2011 – il décroche celui du meilleur comédien dans un spectacle du théâtre privé en 2015 pour « The Servant ».
Mais qu'est-ce qui le fait courir ? Et comment concilie-t-il sa foi avec son métier ?
Rien n'était écrit d'avance pour cet étudiant en Droit qui aimait déjà le théâtre depuis longtemps, mais dissimulait le vide de sa vie intérieure d'alors sous une image de gai luron. Jusqu'au jour où celui qui, plus jeune, avait fait plusieurs retraites avec au fond de lui la question « Est-ce que je crois ou pas ? » se fait dire par un Dominicain à la suite d'une fête chez des amis au cours de laquelle il avait autant fait le pitre que d'habitude : « Maxime, Jésus t’aime ». « «À ce moment-là, explique-t-il, qu’il le dise ainsi m’a remué. Je suis rentré chez moi à pied en pleurant ».
Il décroche son diplôme d'avocat, ce qu'il voulait pour pouvoir effectuer un vrai choix entre le théâtre et un autre métier, puis suit ses études d'art dramatique en France et en Angleterre.
La première pièce qu'il joue (et qui lui vaut presque un Molière) est « Le Journal d'un curé de campagne » ; celle qui lui offre ce trophée est « The Servant » : deux extrêmes, la sainteté et la perversité. On sait bien, depuis Gide, qu' « on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments » et si la Bible est, selon Henri Jeanson, un « chef-d’œuvre » de ce point de vue, il n'empêche qu'en l'espèce l'opposition est flagrante. Comment se sent-on quand on doit incarner des sentiments aussi contradictoires** ? « Le théâtre n’est pas le lieu de la morale, mais celui où on montre avec tendresse et sans jugement la nature humaine jusque dans ce qu’elle a de plus noir » explique-t-il. Cette tendresse, il l'éprouve aussi pour l’Église (il est marié et va à la messe) quand il dit que le fait que la foi semble être devenu « de plus en plus l’apanage d’un groupe social » le fait douter. En effet, il s'empresse alors de préciser (et même de répéter) qu'il dit cela « sans aucune agressivité », puis de mettre en cause l'individualisme qui l'habite et qui le rend par conséquent réfractaire à tout esprit de corps.
Humilité ? Culpabilité ? Solidarité malgré tout avec un milieu dont il est issu ? Peu importe, il a du talent.
Pierre FRANÇOIS
* En 1980 Gérard d'Aboville rallie le cap Cod (U.S.A.) à Brest à la rame sur un bateau de 5,60 mètres en 71 jours et 23 heures ; en 1991 il part de Chōshi (Japon) et arrive sur la côte américaine quatre mois et onze jours plus tard.
** Ce qui n'est qu'une autre forme de la question classique formulée à l'encontre des avocats : « Comment peut-on défendre des criminels ? ».

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