Dommage.
« Sous quel astre ? » est une pièce contemporaine en alexandrins. Ce qui lui confère une dimension comique. Il n’est en effet pas fréquent d’entendre, à côté de citations du répertoire, parler de « jeux de mots pourris » (tel « enfants de Pétain », par exemple), et ce seul voisinage crée un effet des plus amusants. La forme du spectacle est d’ailleurs celle de la farce, ce qui permet de n’accorder qu’une épaisseur relative à la psychologie de chacun des personnages et, à trois des quatre, d’adopter un jeu proche de celui du clown. Le rythme de certaines scènes est enrichi par un recours aux apartés humoristiques bien dosé. Il y a un réel agrément à se laisser surprendre par une forme si inattendue.
Mais, si parfois il faut distinguer l’homme de son œuvre, il faut ici faire de même entre le texte et le jeu.
On l’a dit, la personnalité des rôles est plutôt taillée à la hache. Mais voilà que leurs propos rappellent le théâtre brechtien : chaque personnage illustre une thèse, ce qui ennuie tant on peut finir par prédire ce qui va être proféré. En l’espèce, la seule fois où l’on se trompe est lorsque l’on imagine que le personnage « neutre » traité de « lâche » par les autres va finir par réconcilier les extrémistes.
Le bon personnage de théâtre, on ne le dira jamais assez, est celui qui dit « oui » et qui fait « non », à moins que ce soit l’inverse, car telle est notre nature humaine. Quand on le transforme en développement d’une théorie, il perd toute chair. Le propos de la pièce est de faire le procès de la bien-pensance gauchiste, pourquoi pas ? Mais les arguments développés par les partisans du roi ou de Zemmour sont-ils si faibles qu’il ait fallu mettre en face d’eux une hystérique incapable d’aucun argument de fond ?
Cette caractéristique de la femme la rend néanmoins plus crédible que les autres dans la mesure où elle fonctionne plutôt sur l’émotion que par raisonnement. Par contre, elle est conforme au préjugé selon lequel le sexe dit faible est incapable de raisonner logiquement.
Quant à aller chercher – plusieurs fois – la religion chrétienne à la rescousse de théories fondées sur la peur du grand remplacement, qu’il soit permis de rappeler qu’« il n’y a pas de crainte dans l’amour » (1 Jn 4, 18) et que, pour qui a la foi, « de qui aurais-je crainte ? » (Ps 26, 1).
Pierre FRANÇOIS
« Sous quel astre ? », de et mis en scène par Pierre-Yves Nosley. Avec Benoit Martinez, Pierre-Yves Nosley, Jérôme Perez, Camille Usunier. Lumières : Alexandre de Pardailhan. Durée :1 h 30.
Au Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, 75009 Paris. Métro : Bourse, Le Peletier, Grands-Boulevards, bus 20, 39, 48, 67 (Grands-Boulevards). Répondeur du théâtre : 01 47 70 32 75. Courriel : public@theatredunordouest.com.


