Conte vécu.
« Chimère » est un conte. Ou plutôt une histoire contemporaine dite sous forme de conte quand le propos devient trop dur. Il se transfigure alors en humour noir. Spécialement apprécié des femmes ; pas l’humour, le sujet : tout faire pour enfanter.
Le jeu est millimétré. Les lumières, savantes, amplifient l’atmosphère du moment – spécialement quand ils sont oniriques – de façon tout à fait belle et efficace. Les bruitages, souvent créatifs, y participent aussi ; introduisant parfois une nuance fantastique au propos. Quelques chants évoquent Jacques Demy. La mise en scène mêle les débats de couple, intimes et savants sans confusion, chacun éclairant les autres d’une manière originale. Les personnages sont complètement crédibles, et dans leur jeu et dans leurs répliques. De nombreuses réactions, qui sont rapportées telles quelles, sans jugement, sentent le vécu. D’autres scènes – beaucoup, et c’est tant mieux – adoptent une forme clownesque, telle celle de l’accouchement ; elle constitue même un tout de force dans la mesure où, pourtant longue, elle ne cesse de faire rire à force de rebondissements. Certes, quelques longueurs parsèment cette réussite, la perfection n’étant pas de ce monde. Mais cette pièce y tend au point qu’il faut vraiment aller la voir au Théâtre des Halles, une référence à Avignon.
Pierre FRANÇOIS
« Chimère », de et mis en scène par Frédérique Voruz. Avec Salomé Diénis Meulien, Rafaela Jirkovsky, Eliot Maurel, Frédérique Voruz, Yurik Zavalnyouk. Durée : 1 h 35. Du 4 au 25 juillet à 14 heures au Théâtre des Halles, salle Chapitre, dans le cadre du festival off d’Avignon. Relâche les 8, 15 et 22 juillet.
Photo : Christophe Raynaud de Lage.


