Théâtre : « Maîtres anciens », de Thomas Bernhard au Théâtre des déchargeurs, à Paris.

Subtilement comique.
Thomas Bernhard, maître ès cruauté, livre avec « Maîtres anciens » un divertissement ironique, autrement dit une douceur par rapport à ce qu’il est capable d’écrire. Cette reprise – nous vivons une époque bénie qui offre beaucoup de valeurs sûres aptes à renflouer les caisses après les restrictions dues à la pandémie – met en scène un homme seul, parfait misanthrope qui passe rituellement un jour sur deux au musée, assis à la même place devant le même tableau.
Comme tout bon misanthrope, le personnage radote et reprend les mêmes rengaines. Il est pitoyable à l’aune de son érudition et son incapacité à l’autodérision le rend aussi irrésistiblement que subtilement comique.
Le jeu – il est difficile de parler de mise en scène puisqu’il n’y a aucun déplacement – est parfait : malgré son immobilité et le fait que rien n’a l’heur de plaire à cet homme qui déteste tout, des peintres reconnus aux politiciens en passant par l’État ou l’enseignement, le comédien parvient à capter l’attention et à transmettre tout l’humour de second degré qu’il y a derrière une attitude aussi radicale.
L’on ressort de là sans avoir réellement ri, mais le sourire aux lèvres, rassuré peut-être de s’être rendu compte que notre pessimisme personnel nous épargne encore d’en être au point de cette épave intellectuelle.
Pierre FRANÇOIS
« Maîtres anciens », de Thomas Bernhard. Traduction : Gilberte Lambrichs. Adaptation : Gerold Schumann. Musique : Fanny Mendelssohn, Quatuor à cordes en mi bémol majeur. Avec François Clavier. Mise en scène : Gerold Schumann. Collaboration artistique : Zoé Blangez. Voix : Thomas Segouin. Scénographie, costumes : Pascale Stih. Lumieres : Philippe Lacombe. Décors : Jean-Paul Dewynter. Régie générale : Marinette Buchy. Quatuor Fanny : Christophe Giovaninetti premier violon), Yibin Li (deuxième violon), Pierre-Henri Xuereb (alto), Raphaël Chrétien (violoncelle). Ingénieur son : Didier Henry. Du mercredu au samedi à 21 h 15 jusqu’au 26/03/2022 au Théâtre des déchargeurs, 3, rue des déchargeurs, 75001 Paris, métro Châtelet, sortie 11 (rue de Rivoli), 12 (rue Bertin Poirée) ou 14 (Saint-Denis), RER A Châtelet-Les Halles. Tél. : 01 42 36 00 50, https://www.lesdechargeurs.fr/spectacles/maitres-anciens/

Photo : Pierre François.

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