Théâtre : « Les Précieuses ridicules », de Molière, au Lucernaire, à Paris.

Pour une soirée d'été.
Si la société, depuis le XVIIe siècle, a vu naître puis mourir de nombreux courants et modes, tous domaines confondus, force est de constater que le ridicule se porte bien. Molière savait être un joyeux pourfendeur des mœurs de son temps. La compagnie Savaneskise et Pénélope Lucbert à la mise en scène, fidèles à cet esprit caustique, épinglent les mœurs de notre XXIe siècle dans une production contemporaine et rock'n'roll des Précieuses ridicules.
Cette interprétation dynamique, légère et bien dans l'air du temps, devrait séduire un large public. Certes les amoureux du théâtre classique s'y sentiront peut-être déboussolés. En revanche, les rétifs, ceux qui dédaignent un Molière qu'ils jugent poussiéreux, ceux qui sont plus gourmands des shows télévisuels et musicaux que des salles de théâtre, ceux qui abandonnent à regret ne fût-ce qu'un instant leur tablettes numériques, ceux qui teintent leur révolte d'une humeur joyeuse…Tous ceux-là auront ici l'occasion de découvrir et d'apprécier l'auteur sans doute le plus joué en France chaque année, et ce depuis trois siècles.
Le ton est donné d'entrée. Dans un décor minimaliste et contemporain, un guitariste rock occupe la scène. Une première idée séduisante est d'accompagner la pièce d'une musique live bien sûr, quelques riffs de guitare bien menés et des lunettes noires en lieu et place du clavecin et des perruques poudrées.
Une seconde idée est de nourrir le jeu des comédiens de cette présence scénique issue du stand up très en vogue aujourd'hui. Les comédiens interpellent le public, viennent s'y mêler pour jouer avec lui. Tout le monde n'appréciera pas, mais ce choix d'interprétation a le mérite d'inscrire Molière dans notre monde et de le rendre très accessible. Le jeu est direct, libre, vivant mais pas galvaudé pour autant, et les comédiens servent bien cette prose si savoureuse. Si ce n'est pas toujours fin, c'est efficace, on y rit et s'y amuse.
N'est-ce-pas en ce sens que Molière a écrit bon nombre de ses comédies ?
David Westphal
« Les Précieuses ridicules », de Molière. Mise en scène : Pénélope Lucbert.  Création musicale Oscar Clark. Avec Clémence Bensa, Régis Bocquet, Ariane Brousse, Florent Favier, Caroline Gay, Xavier Guerlin, Jeanne Gogny, Aude Macé, Marion Lo Monaco, Edouard Michelon, Justine Paillot, Jean Poulhalec, Cédric Révillion, Walter Stawiboga, Damien Vigouroux, Jo Zeugma. Et, aux instruments : Oscar Clark, Jean Poulhalec ou Jo Zeugma ; Du mardi au samedi à 20h jusqu'au au 8 août au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris, tél. : 01 45 44 57 34, http://www.lucernaire.fr

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