Théâtre : « Caligula » en tournée et en janvier à la Cartoucherie

Emmanuel Ray met toujours du temps à monter ses pièces, mais le résultat est à chaque fois spectaculaire ! « Caligula », de Camus, ne déroge pas à la règle. Il paraît que ce qu’on a vu n’était qu’une générale, et pourtant on ne sait déjà plus comment rendre compte de la maîtrise avec laquelle il a inventé tout un univers cohérent qui souligne et prolonge le propos de l’auteur !

Rien n’est négligé dans ce travail. Ni, bien sûr le jeu des comédiens – en particulier on a un Caligula flamboyant et toujours juste, quel que soit le contexte ou le propos – ni la musique – principalement au piano et très travaillée, comme d’habitude – ni les lumières – qui sont réellement partie prenantes dans la construction des atmosphères – ni le décor, qui participe au côté glaçant des relations.

La pièce a été créée à Chartres et tourne avant d’arriver à Paris, c’est dire combien le travail présenté dans la capitale sera peaufiné.

Si la première minute, dite en chœur a cappella, peut faire penser que la pièce se situe entre le burlesque et le cruel, on comprend rapidement que c’est ce dernier sentiment qui l’emporte, mâtiné d’une folie tyrannique qui reste parfaitement imprévisible malgré sa logique imparable. Il est à noter que Camus parlait plus d’« erreur » de l’intéressé que de folie dans la mesure où il choisit de nier l’homme et de chercher l’impossible, puisque le pouvoir le lui permet. C’est en cela que sa recherche d’assassinat (qui est en fait un suicide à peine déguisé) n’est que la conséquence de son refus de l’humain (donc de lui-même) et des sentiments qui l’animent.

La mise en scène est tout à la fois moderne, graphique, visuelle et symbolique.

Le texte de cette pièce publiée pour la première fois en 1944 est d’une actualité presque choquante. Ne peut-on nier que nos gouvernants préfèrent, comme lui, « taxer le vice que rançonner la vertu comme on le ferait dans une société républicaine » ? N’a-t-on pas régulièrement d’exemples de chefs d’État qui disparaissent pour mieux faire sortir du bois et éliminer les concurrents ? Qui se prennent (spécialement dans notre pays, même si la mode en est récemment passée) pour des auteurs littéraires ?

Au milieu de la cohorte des courtisans, dont Caligula s’amuse à mesurer la lâcheté, quelques vrais opposants lui font face, qu’il va du coup apprécier pour leur courage. Il y a celui qui fonctionne sur le mode de l’amitié, celui qui attache la plus grande importance à la justice, celui qui – en fin politique – préfère dire une vérité que l’empereur sait déjà plutôt que de dissimuler ses convictions, celle qui cherche à le changer… Tous, bien que n’étant que l’illustration d’une attitude, sont parfaitement crédibles dans la mesure où on sent une réelle psychologie les habiter.

Une fois de plus, on peut en écoutant le propos de Camus, constater combien son chemin était parallèle à celui proposé par la foi chrétienne, même si la mort l’a fauché avant qu’ils ne se rencontrent(1).

Pierre FRANÇOIS

« Caligula », de Camus. Avec Mathieu Genet, Mélanie Pichot, Thomas Marceul, Thomas Champeau, Jean-Christophe Cochard, Sébastien Lagord, Nicolas Pichot, Fabien Moiny, Julien Testard, Elodie Huet ou Natacha Boulet Räber. Mise en scène d’Emmanuel Ray.

Du 28 octobre au 2 novembre 2014 au Festival de Briare (45), le 7 Novembre au Centre Culturel de Baugé (49), le 27 novembre au Théâtre de Saumur (49), du 15 janvier au 1er février au Théâtre de l’épée de bois, Cartoucherie, route du champs de manœuvre, 75012 Paris.

(1) Il y aura d’ailleurs une conférence de Michel Fromager le 28 mars à l’abbaye de Belloc sur le thème « Regards croisés de Maurice Zundel et Albert Camus sur la condition humaine et l’origine du mal ».

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