Théâtre : « La Confusionite » à la Manufacture des Abbesses à Paris

« La Confusionite » est-elle une pièce éducative, un témoignage ou un divertissement ? Tout cela à la fois et le sous-titre – « une pièce drôle sur un sujet grave » – résume parfaitement l'impression qu'elle donne.

Elle est d'abord un témoignage. Quand, chez les Roumanoff, le père a été atteint par la maladie d'Alzheimer et que la mère comme une des filles se sont rendu compte que son mal ne ressemblait pas complètement à ce qu'en disait la rumeur publique ou le corps médical, elles ont pris leur plume pour co-écrire une pièce de théâtre et la jouer.

La plupart des situations qui y sont narrée ont donc été vécues. Mais les deux femmes ont eu le souci d'en faire une histoire et, d'un point de vue théâtral, même si un des rôles – celui de la mère australienne – est caricatural, la pièce dans son ensemble fait bien plus que se défendre ! Cette comédie a en effet l'habileté de ne pas parler d'abord de ce trouble mais d'amour. Deux fiancés vont-ils renoncer au mariage parce qu'un héritage est promis sous condition d'attendre et parce que le père de la fiancée, atteint par la maladie, ne peut souffrir la mère hystérique du promis ? Il y a un vrai suspens et des rebondissements, trois couples qui ont les préoccupations de leurs âges et situations respectifs, une vieille tante célibataire et dont l'hypocondrie équilibre avec humour l'affection bien réelle du père, lequel va se montrer le sauveur de la situation par ses bons conseils.

Car, expliquent tant la mère que la femme de Daniel Roumanoff, il a gardé toute sa sensibilité et pris conscience de ses incapacités de sorte qu'il est en admiration devant tous ceux qui peuvent faire quelque chose, que ce soit la caissière du magasin à laquelle il demande si elle ne finit pas par avoir mal au dos ou sa femme qui retrouve le chemin de la maison en voiture. Il est même capable d'accueillir une personne en lui disant qu'elle devrait se tenir à ses décisions (et justement elle y a du mal) ou de demander à une de ses demoiselles de compagnie si elle est mariée (et justement elle y pense tout le temps).

Quant au fait de prendre un objet pour un autre, il peut être limité si on pratique un rangement maniaque et expliqué par la proximité et la ressemblance entre les choses : une théière à côté de lui est un contenant tout comme un panier à linge et des lunettes ou une montre posées côte à côte deviennent interchangeables. Pour Colette Roumanoff, la maladie attaquant les neurones, il perd un certain nombre de critères de discernement entre les choses, notamment leur dimension et leur localisation.

Enfin, s'il a perdu toute possibilité de se repérer par rapport à une adresse ou à des lieux caractéristiques, il est parfaitement capable d'aller et de revenir chez telle personne : c'est la personne et la mémoire ancienne qui y est liée qui lui permettent sans doute de se retrouver.

Toutes ces caractéristiques, qui n'ont rien à voir avec la perte de mémoire qui est presque le seul critère mis en avant par la médecine, ont d'autant plus incité les deux femmes à écrire qu'un bref séjour en hôpital (48 heures) lui a fait perdre un certain nombre de facultés, qu'il n'a que partiellement récupérées ensuite. Mais on aborde là un sujet beaucoup plus vaste : celui de savoir qui, du souffrant ou du médecin, connaît son corps et lequel des deux est à éduquer, notamment pour faire face à l'échec. Une chose est néanmoins connue depuis longtemps : l'amour est le meilleur des médicaments.

Pierre FRANÇOIS

« La Confusionite », par Colette et Valérie Roumanoff. Avec Félicien Delon, Hélène Farmin, Renaud de Manoël, Valérie Roumanoff, Catherine Vidal, Valériane de Villeneuve, Patrice Vion. Mise en scène : Colette Roumanoff. Du dimanche au mardi à 20 heures, mercredi à 21 heures jusqu'au 5 novembre à la Manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, 75018 Paris, tél. : 01 42 33 42 03.www.manufacturedesabbesses.com (avec des vidéos-témoignages sur la page de la pièce), www.laconfusionite.com,www.bienvivreavecalzheimer.com, www.theatre.roumanoff.com.

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