Livres : « Penser la réforme de l’Église », par Joseph Famerée et Gilles Routhier aux éditions du Cerf.

À lire néanmoins.
« Penser la réforme de l’Église » est un ouvrage à la fois passionnant et décevant.
Passionnant dans la mesure où il ne se contente pas d’être un énième réquisitoire contre la Curie romaine. Il montre comment l’Église catholique n’a cessé de parler de réforme depuis des siècles, évitant néanmoins le mot depuis le traumatisme provoqué par Luther (qui ne souhaitait pas, soit dit en passant, sortir du giron catholique) et de ses successeurs. Il montre aussi comment, au moment de Vatican I et II, des luttes d’influence ont eu pour résultat d’aboutir à des documents peu ou pas débattus en amont. Il tente de rouvrir des voies auparavant barrées, surtout celle de la nécessité et de la définition d’une saine synodalité. Il fait remarquer, et sans doute n’est-ce pas un hasard s’il s’agit du chapitre qui fait la chute de l’ouvrage, combien toutes les réformes sont vaines tant qu’il n’y a pas préalablement de réforme du cœur, de conversion personnelle et communautaire, d’attitude miséricordieuse.
On
sent clairement combien l’un des auteurs – car ils sont deux à s’être partagés les différents angles sous lesquels le débat est posé – est un familier et spécialiste du dernier concile tandis que l’autre fait une lecture plus spirituelle et œcuménique de la problématique en question. Ils sont d’autant plus convaincants qu’ils ne cessent de s’appuyer sur des faits au lieu de nous livrer le résultats de spéculations personnelles, qui eussent été forcément géniales.
Pourtant
, ce livre est relativement décevant. En effet, il est constitué de la reprise d’articles parus dans différentes revues en 1971, 2008, 2016 et 2018, certes augmentés, adaptés et éventuellement traduits. Aucun n’est hors sujet, au contraire, tous l’enrichissent. Mais on constate que les notes des auteurs sont souvent des auto-citations, ce qui n’est pas un gage de démarche scientifique rigoureuse. Et que l’ouvrage pourrait se résumer en deux phrases : d’une part, qu’il faut lire le livre d’Yves Congar « Vraie et fausse réforme dans l’Église » et en prolonger les intuitions (ce qui est dit à la fois dans l’introduction, le chapitre premier et la conclusion), d’autre part, qu’ « Une vraie association de l’épiscopat catholique au gouvernement universel de l’Église devrait, à mon avis, se développer dans la ligne du votum de Maximos IV et se conformer encore plus pleinement à la théologie orthodoxe de la synodalité, même si la pratique orthodoxe de la synodalité, malheureusement, ne correspond pas toujours à sa théologie » (p. 154).
Tout
ça pour ça !, est-on tenté de dire, mais ce serait injuste dans la mesure où ce livre réalise une vulgarisation très intéressante d’une partie des tenants et aboutissants d’une réforme désormais nécessaire et en route. Même s’il existe sûrement d’autres façons de penser la réforme de l’Église, cet ouvrage est une bonne introduction pour aborder un problème qui eût été résolu depuis longtemps s’il avait été simple…
Pierre FRANÇOIS
« Penser la réforme de l’Église », par Joseph Famerée et Gilles Routhier aux éditions du Cerf, coll. Unam sanctam, nouvelle série. ISBN 978-2-204-14054-6, 197 pages, 20 €.

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