Théâtre : « Etty Hillesum : lecture-spectacle », d’après « Une vie bouleversée : journal 1941-1943 » à l’Espace Bernanos à Paris.

Mystique.
Le journal intime (de 1941 à 1943) et les lettres de Westerbork d'Etty Hillesum, cette jeune mystique juive hollandaise, n'en finissent pas de proposer à notre contemplation les multiples facettes de cette femme dont Benoît XVI dit que «  dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu au beau milieu de la grande tragédie du XXe siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : Je vis constamment en intimité avec Dieu ».
On se souvient d'un premier spectacle qui fut plutôt historique au Théâtre de Boulogne-Billancourt il y a plusieurs années. L'an dernier, un second montrait le chemin spirituel d'une jeune femme libre mais insatisfaite. Cette fois-ci, Gérard Rouzier* a extrait de son journal tout ce qui avait trait à son introspection spirituelle – sincère et profonde – pour en faire une lecture-spectacle tout à fait prenante. On y voit la jeune femme encore insouciante mûrir peu à peu jusqu'à accepter de partir en camp de travail alors qu'elle aurait pu bénéficier de protections, mais sans jamais cesser de voir la beauté du monde et d'en concevoir du bonheur. Du point de vue de la forme, sentiment et rythme sont bien au rendez-vous.
On est parfois surpris par certains scrupules, par exemple se trouver trop cérébrale pour pouvoir lire la Bible. On retrouve chez elle des accents augustiniens : faut-il chercher Dieu au-dehors ou au-dedans de soi ? Et une mystique de bon sens : « il me faut devenir plus simple, me laisser vivre un peu plus ». Pour autant, elle n'évacue pas les paradoxes. « Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l’unisson de millions d’autres à travers les siècles, tout cela est la vie ; la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l’on sache y ménager une place pour tout et la porter tout entière en soi dans son unité… » dit elle par exemple. Et ailleurs : « Dès qu’on refuse ou veut éliminer certains éléments, dès que l’on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel aspect de la vie et en rejeter tel autre, alors la vie devient en effet absurde… tout devient arbitraire. ». Oui, cette femme, influencée par Rilke autant que par son thérapeute, Julius Spier, lui-même lecteur de  Kierkegaard, Bonhoeffer, Maître Eckhart, Thomas a Kempis, Dostoïevski et saint Augustin est elle-même devenue un maître spirituel possible pour notre époque aussi sensuelle qu'inquiète. C'est le mérite de Violaine Brebion, guidée par Gérard Rouzier, de nous le faire sentir.
Pierre FRANÇOIS
« Etty Hillesum : lecture-spectacle », d'après « Une vie bouleversée : journal 1941-1943 ». Avec V. Brébion (comédienne) et P. Vieille-Cessay (violoncelliste). Direction artistique : Gérard Rouzier. Les 22 et 29 janvier ainsi que le 5 février à 17 heures à l'Espace Bernanos, 4, rue du Havre, 75009 Paris, métro Havre Caumartin ou St-Lazare. Renseignements et réservations : 01 71 54 89 41.

*de la Compagnie du sablier qui a pour devise « se laisser transformer par les textes sacrés » et qui a notamment déjà monté « Vincent Van Gogh, la quête absolue » et « L’Évangile selon saint Jean ». Plus de renseignements sur http://www.compagniedusablier.org.

Photo : Pierre Francois.

 

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