Théâtre : « J’ai rencontré Dieu sur Facebook », de et mis en scène par Ahmed Madani en tournée.

Conflit familial.
Ahmed Madani est un auteur et metteur en scène doué, on le savait déjà*. C’est aussi un homme de méthode. Il a commencé par montrer comment des garçons pouvaient comprendre la vie dans leurs cités, collectivement d’abord, avec « Illuminations » puis individuellement dans ce merveilleux dialogue entre un grand-père qui s’est battu en Algérie et son petit fils qui peine à entrer dans la vie (« Je marche dans la nuit par un chemin mauvais »). Puis il a voulu mettre en valeur la façon dont les filles pouvaient appréhender les mêmes histoires familiales, collectivement avec « F(l)ammes »… et aujourd’hui de quoi peut bien parler « J’ai rencontré Dieu sur Facebook » ? Bien sûr d’une relation individuelle, ici celle d’une mère avec sa fille en l’absence d’un père. Le propos le plus apparent – comment une adolescente se laisse convaincre par un ami Facebook de partir en Syrie – est utile dans une pièce qui s’adresse en premier à des adolescents. Mais ce n’est pas le principal, qui tient à la façon dont les liens entre générations peuvent se dénouer – se déliter même – puis se rétablir. 
On croit à tous les personnages et le fait qu’il s’adressent au public n’entame pas cette crédibilité, au contraire. Le décor, par sa sobriété (la mise en scène va jusqu’à produire des bruits de cuisine pendant que les comédiennes miment les gestes sans rien avoir dans les mains) laisse le champ libre pour voir fleurir – et parfois s’étioler – toutes les émotions de l’une et de l’autre. Certes, la scène qui montre la jeune fille en train de passer par toutes les étapes du lavage de cerveau peut paraître longue mais, d’une part la pièce est en priorité destinée à des collégiens qu’il s’agit d’avertir et d’autre part lorsque la surprise arrive, car il y en a une, elle est d’une taille telle qu’on en est soufflé et que l’action de la pièce, qui vire alors franchement à la comédie, repart de plus belle. La projection vidéo qui montre le recruteur tel qu’il apparaît sur l’écran est crédible. Les lumières participent à la sobriété générale tout en nous faisant bénéficier de quelques effets d’ombres bien étudies. Bref, cette pièce est aussi bonne que les trois précédentes. Et une dernière est déjà en préparation, pour clore le cycle.
Pierre FRANÇOIS
« J’ai rencontré Dieu sur Facebook », de et mis en scène par Ahmed Madani. Avec Mounira Barbouch, Louise Legendre, Valentin Madani. Son : Christophe Séchet. Vidéo : Nicolas Clauss. Lumières : Damien Klein. Tournée : du 12 au 15 décembre à 20 heures à la Maison des arts de Créteil, le 10 janvier à 20 h 30 au Moulin des muses (théâtre de Brétigny hors les murs), le 12 à 21 heures au théâtre de Brétigny-sur-Orge, les 15 et 16 janvier à 19 h 30 et les 17 et 18 à 20 h 30 à la comédie de Picardie d’Amiens, les 24 et 25 à l’Atelier à spectacles de Vernouillet, le 1er février à 14 heures et 21 heures au Théâtre la nacelle d’Aubergenville, le 21 février à 14 h 30 et 19 h 30 et le 22 à 20 h 30 au Sillon de Clermont l’Hérault.

* Et pas inconnu de ce site :

http://www.holybuzz.com/2014/02/theatre-je-marche-dans-la-nuit-par-un-chemin-mauvais-a-la-tempete-et-en-tournee/
http://www.holybuzz.com/2016/12/theatre-flammes-face-a-leur-destin-episode-ii-les-filles-de-et-mis-en-scene-par-ahmed-madani-en-tournee-puis-au-festival-off-davignon/
http://www.holybuzz.com/2017/07/theatre-festival-davignon-flammes-face-a-leur-destin-episode-ii-les-filles-de-et-mis-en-scene-par-ahmed-madani-au-theatre-des-halles/
http://www.holybuzz.com/2017/12/theatre-flammes-face-a-leur-destin-episode-ii-les-filles-de-et-mis-en-scene-par-ahmed-madani-au-theatre-de-la-tempete-a-la-cartoucherie-a-paris/

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