Théâtre : « Dans ma chambre », d’après le roman de Guillaume Dustan au théâtre La Flèche, à Paris.

Révélation.
Il joue comme un dieu ! Les idéologues se demanderont pourquoi il a choisi d’interpréter « Dans la chambre », un texte adapté du roman de Guillaume Dustan qui, faisant partie de la première génération homosexuelle victime du sida, décrit dans un style clinique et quotidien ses pratiques en matière de drogue, de sexualité et de vie de couple. Cet auteur revendiquait le droit à des relations non protégées au nom de la liberté et de la responsabilité individuelle, point précis sur lequel il rejoignait l’enseignement de l’Église de l’époque alors que son argument était l’insoumission à toute forme de morale dictée d’en haut*(il s'agissait en l'occurence de la morale sociale selon laquelle on n'a pas le droit de faire peser sur la société un coût évitable, qui a commencé à être systématisée à l'époque du débat sur l'avortement). Par ailleurs, il s’inspirait beaucoup plus du style anglo-saxon concret au point qu’il en venait à décrire la description de sa sexualité quotidienne comme une « autopornographie », repoussant ainsi les limites du genre de l’autofiction.
Seul sur scène, Hugues Jourdain commence sur un ton qui est plus proche du récit que de la confession (ce dernier mot devant être pris dans son sens premier). Très vite, grâce à un jeu aussi minimaliste qu’efficace – surtout à travers la diction et le ton – il fait comprendre la soif affective inextinguible qui sous-tend toutes les recherches de son personnage. C’est au point que lorsque le comédien commence à mimer certains actes, on en est presque surpris dans la mesure où on est tellement entré dans son récit que rien de plus ne semblait nécessaire. Certes, le texte est daté (on y parle de minitel et pas d’applications), mais il a le mérite de faire comprendre la psychologie et un certain sentiment d’ostracisme qu’on a du mal à imaginer vu de l’extérieur. Fait curieux, le public plutôt hétérosexuel devant lequel il a déjà joué rit (et ce n’est pas un rire de défense, explique le comédien) régulièrement durant le spectacle, les critiques venant plutôt de certains homosexuels qui estiment qu’il donne à travers ce spectacle une mauvaise image de leur milieu.
Pierre FRANÇOIS
« Dans ma chambre », d’après le roman de Guillaume Dustan. Adaptation, mise en scène et interprétation de Hugues Jourdain. Vendredi à 19 h 30 et dimanche à 16 heures jusqu’au 23 décembre au théâtre La Flèche, 77, rue de Charonne, 75011 Paris, tél. 01 40 09 70 40, theatrelafleche.fr
*« – Je trouve que le plus important dans la vie, c’est le renforcement des liens sentimentaux. C’est ce que j’attends de la vie maintenant : que ça devienne de plus en plus puissamment amoureux.
– Comment y parvenir ?
– En détruisant l’ordre social. Je veux détruire leur sale ordre. Quand j’étais jeune, je pensais qu’il n’y avait pas de problème. Que c’était moi qui avais un problème. Maintenant, je pense que c’est profondément lié à l’organisation sociale et au discours dominant, qui est un mensonge. Aujourd’hui, notre sensibilité est réprimée. Les gens n’écoutent pas leur corps et leur esprit, ils écoutent la voix du Maître, du Père. C’est de ça qu’il faut sortir ». Colette Piquet, « L’enje Dustan », in Une perruque et un stylo légender Dustan.

Photo : Pierre Francois.

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