Théâtre : « Camille Claudel, de l’ascension à la chute » au Théâtre de l’Athénée, à Paris.

Extra-ordinaire !
« Camille Claudel, de l’ascension à la chute » fait partie des spectacles dont on réalise immédiatement qu’on s’en souviendra encore des années plus tard !
Certes, il s’agit de la vie, désormais connue, de cette artiste hors-pair. Mais avec un talent qui dépasse le niveau de la référence en la matière, « Les Mains de Camille » monté par la troupe des Anges au plafond. 
Ce spectacle est en effet comme une pièce aux fenêtres ouvertes tous azimuts : sur la vie d’artiste, sur le monde de la sculpture, sur la condition de la femme, sur le drame intime de l’avortement, sur la façon dont la plastique des corps exprime les émotions, sur la solitude de la folie, sur les cascades de malentendus qui accompagnèrent sa vie…
En particulier, les nuances entre les complicités artistiques, mentales et amoureuses sont particulièrement bien montrées, de même que celles entre les positions de maîtresse ou de muse. De ce point de vue, la pièce est une véritable leçon de chose sur l’univers artistique et ses connexions avec les autres mondes. Le plus cruel étant sans doute celui des conventions sociales qui prennent le soin de dissimuler leur intolérance derrière des faux-semblants religieux et, de ce point de vue, le rôle de la mère est tenu avec une exactitude remarquable même si on devine que la réalité fut pire encore que ce qui est exprimé sur le plateau. Le personnage de Camille Claudel est traité tout en nuances, les glissements de son état d’esprit se font avec une progressivité et des à-coups qui les rendent encore plus crédibles. Rodin n’est pas que le maître misogyne ou l’amant lâche, il est aussi celui qui l’appuie en coulisse. Les dialogues entre Paul Claudel – avocat mais faible – et sa mère – aussi intransigeante que sensible au qu’en dira-t-on – sont très réussis. Même les comédiens interprétant les sculptures ou les modèles sont remarquables de vérité dans leurs rôles chorégraphiés – et mis en valeur par un éclairage toujours aussi soigné que maîtrisé. Le vocabulaire est d’époque – et parfois poétique – sans paraître suranné. Ce spectacle est tout simplement un régal qui n’est pas près d’être détrôné.
Pierre FRANÇOIS
« Camille Claudel, de l’ascension à la chute », de et mis en scène par Wendy Beckett. Chorégraphie : Meryl Tankard. Avec : Célia Catafilo, Marie-France Alvarez, Marie Brugière, Swan Demarsan, Sébastien Dumont, Audrey Evalaum, Clovis Fouin, Christine Gagnepain, Mathilde Rance. Jusqu’au 24 mars elon des horaires changeants au Théâtre de l’Athénée, sqare de l'Opéra Louis-Jouvet, 7, rue Boudreau, 75009 Paris, tél. 01 53 05 19 19, http://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/camille_claudel.htm

Photo : Pierre Francois.

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