Théâtre : « Une Mariée à Dijon » au Théâtre de l’aquaruim (Cartoucherie) à Paris

Le goût du verbe.
« Une Mariée à Dijon » est une pièce complètement originale : c'est un repas. Les spectateurs – environ une quarantaine à chaque représentation – sont installés sur le plateau, assis à des tables. Couverts en argent, assiettes en faïence, vrai dîner, tellement bon qu'on est tenté de rédiger une critique gastronomique à la gloire du jardin biologique du château de La Roche-Guyon* plutôt que de parler du spectacle ! Le rapport avec le texte de la pièce ? Une femme est là qui raconte, entre les plats et accompagnée d'un violoncelle, les moments les plus importants de sa vie qui, tous, se sont déroulés dans un restaurant.
Ce monologue est parfaitement réussi. Elle sait captiver son public puis entretenir le suspense, mettre en valeur chaque détail de son récit, donner une telle présence aux personnages dont elle parle qu'on a l'impression de les voir ou de les entendre. Le vocabulaire est riche, le style enlevé, vivant, ponctué fréquemment et à bon escient par des silences ou de la musique. On évoque parfois la règle des trois unités propre au théâtre classique, ici la présence du public sur la scène reconstitue l'unité de lieu : nous sommes les convives attablés autour d'elle lors des épisodes qu'elle rapporte. Quant à l'unité de temps, la pièce suit le rythme posé mais ferme d'un repas bien réglé. L'unité d'action, quant à elle, découle simplement de la répétition d'un même acte – un repas servi par le même serveur – qui sert de cadre à chaque charnière de la vie de cette femme.
On ressort ébloui, et par l'écriture de Marie Frances Kennedy Fischer et par le jeu de Corine Miret, et par le travail de mise en scène de Stéphane Otry et par les improvisations de Didier Petit et (notamment) par la soupe au « butternut, patidou et crème de romarin ». Cela fait beaucoup !
Pierre FRANÇOIS
« Une Mariée à Dijon », d'après deux récits de M. F. K. Fisher adapté et mis en scène par Stéphane Olry. Avec Corine Miret et, au violoncelle, Didier Petit. Cuisine : Frédéric Danos. Du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 19 heures jusqu'au 21 février au Théâtre de l'Aquarium, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, tél. : 01 43 74 99 61, theatredelaquarium.net

* Il ne faut pas manquer de lire http://www.chateaudelarocheguyon.fr/heading/heading14514.html qui montre comment ce potager biologique, loin d'être une nouveauté, n'est qu'une reprise des volontés de ses premiers propriétaires, Madeleine de Louvois épouse de François de La Rochefoucauld au XVIIe siècle et le duc Alexandre de La Rochefoucauld au XVIIIe siècle, qui adhérait au mouvement des physiocrates.

Photo : Pierre Francois.

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