Théâtre : « La Chambre de Milena » au Théâtre de l’Atalante à Paris.

Biographie vivante
« La Chambre de Milena » est une de ces pièce qui vous emmènent dans un territoire étrange, fruit de la réalité la plus concrète et des sentiments les plus secrets, dans une atmosphère de rêve éveillé, de réalité fantastique. Milena de Prague est seule en scène, et pourtant ce n'est pas un monologue : invisible, Franz lui répond et l'écoute. Ensemble, ils continuent de tisser devant nous les fils d'un amour littéraire original et passionné, fondé autant sur l'épreuve du monde dans lequel ils vivent que sur la vision de celui qui habite leur esprit. Sans contradiction.
On passe sans cesse et sans se lasser le moins du monde, tant chaque dimension nourrit les autres, du récit (la description de Prague durant la dernière guerre) à la méditation (quel regard une fenêtre permet-elle?) ou au désir (de changer le monde, de se savoir proche par la pensée de Franz).
Les formules poétiques audacieuses réjouissent l'oreille. Paradoxalement, on regrette leur fréquence : l'écoute ne laisse pas le temps de les savourer. Heureusement, on peut se procurer le texte au guichet du théâtre et le relire ne donne pas l'impression d'une répétition mais bien celle d'un enrichissement.
Le jeu est précis, sobre et juste. La voix de Daniel Mesguich a autant de présence que la comédienne – Soizic Gourvil – alors pourtant qu'elle incarne parfaitement son personnage. Grâce à une mise en scène dépouillée on se trouve à la frontière du théâtre et de la poésie. L'auteur, Filip Forgeau, n'en est pas à son coup d'essai : il a déjà exploré la chambre d'Anaïs (Nin) et s'intéresse aux vies des femmes avec « Victor Hugo, de père en filles » ou « Rosa Liberté » (qui sera du 10 au 27 mars au Théâtre de l’Épée de bois). Il fait découvrir avec bienveillance les contradictions internes ou l'inadaptation de ses héroïnes par rapport à leur époque. Avec « La Chambre de Milena », le fait est patent : voilà une femme qui fut internée pour « démence morale » et « absence pathologique de sens moral » et qui se retrouve élevée au rang de « Juste parmi les nations » pour être restée en Tchécoslovaquie lors de son invasion et avoir caché des Juifs. Et ce ne sont là que deux des nombreuses facettes, énumérée avec beaucoup d'émotion à la fin de la pièce, du personnage…
Pierre FRANÇOIS
« La Chambre de Milena » – librement inspiré de la vie et de l'oeuvre de Milena Jesenskà – par Filip Forgeau. Avec Soizick Gourvil et la voix de Daniel Mesguich. Lundi, mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 heures, dimanche à 17 heures jusqu'au 22 février au Théâtre Atalante, 10, place Charles Dullin, 75018 Paris, tél. : 01 46 06 11 90, www.theatre-latalante.com

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