Théâtre : « Les faux British » au Théâtre Tristan Bernard de Paris.

Réussi !
« Les faux British » a déjà rencontré le succès. À Londres, pendant un an, après une tournée triomphale dans toute la fière Albion. Très bien traduite – avec notamment un bon rendu des jeux de mots – elle arrive à Paris. Et son destin sera manifestement le même !
Pendant que le public arrive dans le théâtre, on est en train de mettre la dernière main au décor. Enfin, on essaie… L'équipe serait-elle en retard dans ses préparatifs ? Pour un lieu comme le Tristan Bernard, cela ne fait pas sérieux. Ou bien serait-on déjà dans la pièce ? Mais on n'a jamais vu de techniciens sur un plateau, c'est le monde à l'envers !
Non, c'est seulement une mise en abyme. Mais tellement réussie qu'on s'y plonge avec délice. Et une complicité non dissimulée avec les comédiens. Ces deniers réussissent d'une part à avoir la distance nécessaire pour nous faire comprendre que tout cela est faux, d'autre part à jouer tellement juste qu'on croit à fond à chacun des personnages. Très fort.
Les effets comiques sont à la fois variés et répétitifs, mais sans jamais lasser. On est perpétuellement dans la surprise de se rendre compte qu'ils ont osé ce qu'on imaginait pas encore et qui ne cesse de nous ravir, même si c'est souvent la reprise d'un même procédé, mais en allant plus loin. On ne dira pas dans quel état se trouve le plateau à la fin de cette représentation-catastrophe donnée par des comédiens amateurs. Par contre, il est bon d'insister sur les qualités professionnelles indéniables qu'il faut avoir pour jouer un mauvais comédien amateur sans ennuyer le public. Le tour de force est d'autant plus remarquable que, s'il est assez aisé de camper un président d'association ou un prof de math comédien malgré lui dans une scène d'exposition, il devient bien plus subtil de faire croire au personnage de la pièce jouée par ces amateurs tout en laissant transpirer la personnalité des interprètes, mais pas trop pour qu'on continue à croire suffisamment à l'action-prétexte.
Le résultat de ce numéro d'équilibrisme est que le public rit entre une et deux fois par minute tout au long de la représentation. Certes, la fréquence des rires s'amenuise un peu vers la fin, témoin de quelques longueurs, mais qu'importe : on continue de croire aux personnages comme à ce qui leur arrive.
Il y a de quoi.
Certains traits comiques sont dus à la personnalité des interprètes, comme celui qui fait tout le temps des liaisons très mal-t-à-propos, tel autre qui ne peut réciter son rôle qu'aidé d'une anti-sèche dont il écorche les mots compliqués, les femmes en concurrence, l'homosexuel maniéré de service ou la personne qui, en plus de son texte, lit aussi les didascalies…
Mais il y a aussi toute une panoplie d'effets dus aux situations : accessoires qui tombent, se décrochent, sont absents ou intervertis, mauvaise coordination entre les répliques aboutissant à jouer plusieurs fois la même scène ou à répondre à des questions avant qu'elles ne soient posées, cadavre qui bouge…
Un des points forts de la pièce est de jouer de la répétition de ces procédés pour faire rire encore plus alors qu'en principe on assiste à une pièce policière.
Même le décor et les lumières – bien kitchs – participent à la folie générale. Folie qui se décline, l'action se passe au royaume de sa gracieuse majesté, dans toutes les nuances du flegme britannique. On sort de là fatigué d'avoir tant ri et encore étonné par l'inventivité des comédiens !
Pierre FRANÇOIS
« Les Faux British », d'Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields. Mise en scène Gwen Aduh. Avec Gwen Aduh, Aurélie de Cazanove, Nikko Dogz, Yann de Monterno, Jean Marie Lecoq, Miren Pradier, Michel Scotto di Carlo (en alternance avec Henri Costa). Du mardi au samedi à 21 heures et matinée samedi à 18 heures au Théâtre Tristan Bernard, 64, rue du Rocher 75008 Paris, métro Saint Lazare ou Villiers, Tél. : 01 45 22 08 40, tristan.bernard@akeonet.com, www.theatretristanbernard.fr

Photo : Fabienne Rappeneau.

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