Théâtre : « Le Roi des pâquerettes, le jour où Blériot a traversé la Manche », de Bérangère Gallot et Sophie Nicollas au Lucernaire, à Paris.

« Le Roi des pâquerettes » fait partie de ces pièces qui vous tiennent en haleine alors que l’on connaît pourtant la fin de l’histoire. Ici, la traversée de la Manche par Blériot vu sous l’angle de son couple importuné tant par le reporter du Matin, Charles Fontaine, que par son fidèle mécanicien, Ferdinand Collin.
Si quelques libertés sont prises avec l’histoire, les dialogues sont fidèles aux personnalités des protagonistes : un Blériot ruiné, ne sachant pas nager, affaibli par une brûlure à la jambe et doutant de lui-même épaulé par une femme de tête qui, malgré ses cinq enfants en bas âge, l’accompagnait à chacune de ses tentatives pour remporter des prix. C’est dans ces dialogues, leur vivacité et leur intensité, que se trouve l’âme de la pièce. Très bien servis, ils racontent une histoire – qui s’écrit autant avec un petit qu’avec un grand h – sans en avoir l’air. L’interprétation impeccable des personnages leur confère une véritable vie, jusque dans les hésitations, engueulades ou moments de tendresse. Plus d’une fois, ils reprennent des phrases prononcées par Blériot lui-même*. On est dans un spectacle « grand public » au meilleur sens du terme : très bien joué, porteur de valeurs humaines, instructif et historiquement fidèle.
Pierre FRANÇOIS
« Le Roi des pâquerettes, le jour où Blériot a traversé la Manche », de Bérangère Gallot et Sophie Nicollas. Avec Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury, Guillaume d’Harcourt, Lauriane Lacaze, Mathieu Rannou. Mise en scène : Benoît Lavigne. Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 16 heures jusqu’au 2 janvier au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-champs, 75006 Paris, tél. 01 45 44 57 34, http://www.lucernaire.fr/a-l-affiche/4264-le-roi-des-paquerettes.html

*Ce n’est pas Ferdinand Collin (qui publiera en 1948 « Parmi les précurseurs du ciel ») qui le tire du sommeil après avoir été réveillé par le silence, mais Alfred Leblanc, son ami et financeur, et c’est sa femme qui le pousse hors du lit alors qu’il ne veut pas se lever. Par ailleurs, si Latham est bien réveillé par le décollage de Blériot, c’est lors d’un premier vol d’essai avant de partir vers l’Angleterre ; et celui-là n’était plus un concurrent pour Blériot, son avion étant inutilisable, au contraire du comte de Lambert qui avait pris ses quartiers (avec deux avions) à quelques kilomètres de là.
** que l’on retrouve dans l’excellent documentaire d’Arte : « Blériot, l’impossible traversée » à l’adresse https://www.arte.tv/fr/videos/085379-000-A/bleriot-l-impossible-traversee/

Photo : Pierre François.

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