Théâtre : « L’Entrée en résistance », de et par Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Christophe Dejours au théâtre de La Reine Blanche, à Paris.

Résistance économique.

« L’Entrée en résistance » est bien une pièce de théâtre, malgré ce qu’en dit, sur scène, Christophe Dejours, qui explique qu’il n’est pas comédien et mauvais pianiste, mais chercheur. D’une part, ses partenaires sont bien du métier ; d’autre part, ce spectacle bénéficie d’une véritable mise en scène (incluant des projections de décor qui sont parfaitement maîtrisées et enrichissent le jeu au lieu de voler la vedette aux personnages).

Le propos ? La souffrance au travail, qui peut aller jusqu’au suicide. Il est illustré en prenant le cas de la rentabilité que l’on demande désormais aux forestiers. L’exemple est particulièrement bien trouvé dans la mesure où il met en évidence le conflit entre le profit à court terme, les conséquences à long terme et la notion de travail fait avec conscience. Et le comédien incarne particulièrement bien son personnage.

La musique, en direct, joue un vrai rôle dans ce spectacle, en parvenant à exprimer des choses graves d’une façon pacifique. Elle bénéficie d’une dose de spontanéité qui renforce l’authenticité des personnages.

La pièce est systématiquement suivie d’un bord de plateau entre l’équipe et les spectateurs. Ces derniers, d’instinct, restent à la fin tant le sujet est sensible. Et ils ont bien raison, car c’est à ce moment-là qu’est abordée la réalité actuelle de cette résistance qui s’organise de plus en plus au sein des entreprises, au début à la demande des victimes immédiates et de plus en plus à celle de responsables de plus en plus conscients des limites d’un modèle économique uniquement comptable.

Oui, ce spectacle est spécial. Mais n’est-ce pas la vocation de « La Reine blanche » que de présenter des pièces en lien avec ce que nous disent les sciences – y compris humaines – aujourd’hui ? Tous les férus de rigueur y trouvent matière à penser à partir de présupposés solides. Les autres sont sensibles à la réelle poésie avec laquelle le propos est livré. Chacun y trouve son compte…

Pierre FRANÇOIS

« L’Entrée en résistance », de et par Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Christophe Dejours. Lumières : Philippe Terrasson. Musiques : Bach, Mendelssohn, Schubert, Carbon Killer. Du mercredi au samedi à 20 h 45, dimanche à 16 heures au théâtre La Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences, 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris, métro Marx Dormoy et La Chapelle, tél. 01 42 05 47 31, https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/l-entree-en-resistance

Photo : Pascal Gély.

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