Théâtre : « Macbeth (The notes) », d’après William Shakespeare au Lucernaire, à Paris.

Tragédie hilarante.
« Macbeth (the notes) » n'est pas Macbeth, mais n'est pas éloigné de son sujet. Le sujet, justement ? Un metteur en scène vient d'assister à une répétition, il a pris plein de notes et en rend compte aux comédiens qui se sont installés dans la salle.
Première réussite : le comédien, seul en scène, s'adresse bien à sa troupe installée dans la salle et les interpelle, mais sans y identifier le public. Mieux vaut : s'il commence, en bon pédagogue, par toujours féliciter tel ou tel, l'adage « in cauda venenum » ne s'applique pas dans la mesure où il n'attend pas la chute de son commentaire pour sabrer l'intéressé. Car si les reproches sont progressifs, ils n'en débutent pas moins très tôt. Là est le ressort comique principal de la pièce et il fonctionne très bien dans la mesure où il est parfaitement dosé.
La seconde force de ce spectacle réside dans le fait que si, usuellement, le fait pour un théâtreux de parler de théâtre est aussi rasoir que d'entendre un juriste parler droit, il n'en est ici rien. Car au-delà du discours sur le jeu, il y a une autodérision de tout le petit monde théâtral et notamment d'une certaine vision du « théâtre de la distorsion ». Sans oublier le théâtre « de la transgression », « de la cruauté » ou « oriental ».
Bref, on rit d'autant plus qu'il semble se prendre très au sérieux, et sans la moindre trace de vulgarité. On comprend par ailleurs que ce qu'il reproche à ses comédiens est aussi ce qu'il pratique : des « propositions » hasardeuses. Il ne faudrait pas croire que les acteurs soient les seuls à souffrir de ses commentaires, les techniciens ne sont pas oubliés, et ils ne l'oublient pas non plus.
Seule les tirades de l’œuvre de Shakespeare et la toute fin déconcertent un peu tant le rapport avec le reste semble ténu ; on a surtout l'impression qu'il a voulu placer les tirades qu'il aime. Pourquoi pas, après tout, puisque tout est joué avec un talent réjouissant ?
Pierre FRANCOIS
« Macbeth (The notes) », d'après William Shakespeare. Écriture, adaptation : Dan Jemmet et David Ayala. Mise en scène Dan Jemmet. Avec David Ayala. Traduction : Jean-Michel Déprats. collaboration artistique : Juliette Mouchonnat et Thierry Ganivenq. Du mardi au samedi à 19 heures jusqu'au 13 octobre au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris, métro Notre-Dame-des-champs, Edgard Quinet, Raspail ; Tél. 01 45 44 57 34, http://www.lucernaire.fr/theatre/3577-macbeth-the-notes.html

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