Théâtre : « Antigone 82  » au Théâtre de l’épée de bois, à Paris.

Juste, par Clara.
Samuel rencontre Georges dans les années 1970 à Paris lors de manifestations étudiantes. L'amitié naît immédiatement entre ces deux hommes totalement différents. L'un est metteur en scène d'origine juive, grec en exil, il a sauvé sa vie de justesse en luttant contre la dictature des colonels. L'autre est un étudiant de gauche, intellectuel qui admire l'homme d'action ; au contact de Samuel il apprendra a gérer sa colère et à la rendre créatrice.
Samuel,  malade en phase terminale, confie une mission impossible à Georges : aller dans un pays en guerre pour apporter la paix grâce à la pièce Antigone de Anouilh. Il voudrait que, grâce au théâtre, les ennemis arrêtent de se battre, au moins deux heures, pour accepter leurs différences. Il s'agit « donner à des adversaires une chance de se parler en travaillant ensemble autour d’un projet commun » ; folie irréalisable et testament improbable, que l'on ne peut pas refuser, ce projet va bouleverser la vie bien rangée de Georges, devenu professeur et papa, et qui a mis en veilleuse toutes ses luttes politiques. Il est projeté dans une guerre qui n'est pas la sienne, qu'il ne comprend pas. Le projet artistique de son ami est au stade de l'ébauche et tout est à faire : rassembler les artistes, dont certains ne parlent même pas français, trouver un lieu neutre pour répéter, concilier les parties adverses. Les acteurs viennent de camps opposés et ennemis : chrétien, chiite, palestinien sunnite, druze… La passion du théâtre prend le dessus sur la vie quotidienne de Georges qui n'était pas armé pour ce combat et doit également gérer les relations compliquées avec sa famille et ses amis parisiens. La mise en scène est rendue originale par l'utilisation de la vidéo, créant plusieurs espace-temps et permettant de suivre l'avancée du héros dans un décor minimaliste. Deux musiciens ajoutent à l'ambiance et au dépaysement : guitare électrique créant les bruitages (avions, éclats de bombes, tirs de mitraillettes, …) et oud pour les fêtes libanaises. La réécriture du texte est audacieuse et souligne les moments forts sans jamais trahir l'histoire et les émotions du roman. Revenir sur la douloureuse histoire du Liban, pays déchiré, quarante ans après le massacre de Sabra et Chatila, nécessite pour le spectateur d'être averti : les scènes sont difficiles, lourdes du sang des innocents, d'une tristesse intense. Georges s'enferme dans la guerre. Selon l'auteur, le titre du livre (le quatrième mur) est également une façon d'annoncer l'impossibilité de ce projet de pièce de théâtre en pleine guerre. Ainsi, il déclare : « En écrivant, j'avais envie que ça marche, que la représentation ait lieu, mais je me suis aperçu que ce n'était pas possible ». Les acteurs sont parfaits et justes. Il s'agit là d'un très beau spectacle, riche en émotions.
Clara
« Antigone 82 », d'après « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon. Adaptation : Arlette Namiand.  Mise en scène Jean-Paul Wenzel. Au Théâtre de l’épée de Bois – Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris jusqu'au 3 février. www.epeedebois.com

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