Théâtre : « Les Bords du monde » au Théâtre de l’épée de bois, à Paris (Cartoucherie).

Lutte et harmonie.
« Les Bords du monde » est est un spectacle atypique par rapport à ce qui se fait en même temps qu’il se situe dans la continuité des précédentes tournées internationales de Laurent Poncelet. De quoi s’agit-il ?
Directeur du Festival biennal international de théâtre action de Grenoble, il a depuis longtemps des contacts multiples avec des artistes de tous les pays. Le concept de théâtre-action aidant, c’est naturellement qu’il recherche des artistes qui vont rendre compte des conditions de vie des sans-voix dans leurs pays. Ainsi les danseurs brésiliens viennent-ils des favelas, celle qui est originaire de Port-au-Prince – et dont le talent est flamboyant – y enseigne-t-elle son art, les comédiens syriens sont-ils réfugiés politiques… Tous vrais artistes et tous vivant localement dans des conditions autrement plus difficiles que celles des intermittents.
Le fait d’être encore plus intimement mêlés à la vie des pauvres que ne le sont nos artistes nationaux(1) a une conséquence directe sur le spectacle. Loin de jouer leur passé, ils font mieux en en offrant une vision transcendée. Certes, le spectacle montre avec évidence une lutte permanente pour repousser les frontières, et surtout des limites intérieures et sociales qui pourraient aussi bien être les nôtres. Mais il le fait dans un contexte général d’harmonie. Lutte et harmonie sont les deux piliers originaux de cette démonstration de force canalisée, orientée dans une direction positive. Il en résulte un spectacle intense tant du point de vue de la musique, de la danse et du texte (souvent surtitré) que de l’émotion qui s’en dégage. On est happé par l’énergie qui circule, hypnotisé par cette union des différentes formes artistiques capables de presque se dispenser du verbe, touché par des combats qui ont lieu aussi bien ici que là-bas (avec cependant des enjeux différents), frappé par le sens du rythme et de l’expression collective. Cette tournée française n’a qu’un seul tort, celui de se terminer ce dimanche avant de repartir vers d’autres horizons européens.
Pierre FRANÇOIS
« Les Bords du monde », par la Compagnie Ophélia. Avec Gabriela Cantalupo, Tamires Da Silva, Abdelhaq El Mous, Zakariae Heddouchi, Marcio Luiz, Ahmad Malas, Mohamad Malas, Kokou Mawuenyegan Dzossou, Lindia Pierre Louis, Lucas Pixote, Germano Santana, Clécio Santos, Sodjiné Sodetodjji. Dramaturgie et mise en scène : Laurent Poncelet. Jeudi et vendredi à 20 h 30, samedi à 16 heures et 20 h 30, dimanche à 16 heures au Théâtre de l’épée de bois, Cartoucherie, route du champ de manœuvre, 75012 Paris, tél.  01 48 08 39 74, http://www.epeedebois.com/un-spectacle/les-bords-du-monde/

(1) Pour ceux qui auraient des doutes à ce sujet, il suffit de regarder quels sont les quartiers habités par ces derniers.

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