Théâtre : « Maison de poupée », d’Henrik Ibsen au Théâtre du Nord-Ouest, à Paris.

Le chef-d’œuvre d’Ibsen.
Que tous les amateurs d’Ibsen se réjouissent : le Théâtre du Nord-Ouest vient de démarrer une intégrale des œuvres de cet auteur. À commencer, bien entendu, par « Maison de poupée ». Le parti pris par le metteur en scène est de présenter Nora comme une femme de tête qui joue la comédie de la superficialité à son mari. Ce qui est tout à fait légitime. Sauf qu’on ne s’en rend compte qu’une fois que la chose a été clairement signifiée, alors que la pièce est déjà bien entamée. De sorte qu’au début on se demande quelle est cette façon étrange, qui n’est pas du surjeu pour autant, de jouer (et c’est bien plus tard encore que l’on apprend que son ressort le plus intime est l’attente d’un « prodige » de la part de son mari). Pour le reste, les comédiens sont tous d’un niveau égal et crédibles. On entre en empathie avec tous les personnages. Le rythme, s’il est lent, ne porte jamais à la somnolence tant le texte est mis en valeur, au même titre que les caractères des personnages. Seuls les moments de colère froide de Nora restent perfectibles. Cette dernière, qui joue à la perfection la scène de rupture, incarne  impeccablement la tendresse en train de prendre conscience peu à peu de l’enfermement de son mari. Lequel joue de façon excellente l’homme à principes qui ne se rend même pas compte qu’il est en train de les violer au nom d’une apparence sociale à préserver. L’ami médecin – qui manie toutes les nuances de la mélancolie – est la pudeur incarnée, pudeur du sentiment qui attend le moment favorable pour se révéler avec empressement mais sans brutalité, pudeur aussi de celui qui refuse que sa déchéance physique soit vue. Le personnage de Krogstad – d’une certaine façon le pendant de Nora – est un des plus passionnants de la pièce en  raison de la rédemption qu’il est en train de vivre. La progressivité de cette dernière est bien mise en valeur, de même que l’influence sur lui de Kristine Linde, personnage à la fois posé, réservé et explicite dans tous ses propos. La scène de sa reconquête de Krogstad est très belle, pleine d’une émotion contenue. De la même façon, la complémentarité de ces deux êtres unis par des vies de souffrances subies est jouée avec beaucoup de nuances et de crédibilité alors pourtant que le scénario d’écriture, proche du deus ex machina, est relativement artificiel. D’une certaine façon, cette pièce est une description de la vie en ceci que tous les personnages évoluent sauf le seul qui est déjà mentalement mort : Torvald Helmer, le mari de Nora. Une fois qu’on a saisi cette dimension, on comprend de façon encore plus aiguë le caractère subversif de la pièce, qui va bien au-delà du fait, pour Nora, de montrer ses bas au docteur ou de décider de partir sans emmener les enfants.
Pierre FRANÇOIS
« Maison de poupée », d’Henrik Ibsen. Avec Martine Delor, Yves Jouffroy, David Mallet, Alicia Roda, Guillaume Tavi. Mise en scène : Jean-Luc Jeener. Au Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du faubourg Montmartre, 75009 Paris, métro : Grands-boulevards, tél. 01 47 70 32 75, www.TheatreDuNordOuest.com

Photo : Pierre Francois.

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