Théâtre, danse, mime : « Requiem pour les artistes » au nouveau Théâtre Elizabeth Czerczuk, à Paris.

Inauguration.
C’est toujours un événement lorsqu’un nouveau théâtre s’ouvre, et encore plus dans le contexte actuel. Cette fois-ci, la chose se passe dans une petite rue discrète entre la place de la Nation et la porte de Vincennes.
La première originalité tient à la personnalité de la directrice. Née à Varsovie, Elizabeth Czerczuk est d’abord influencé par deux géants de la scène polonaise (Jerzy Grotowski et Henryk Tomaszewski) avant même d’entrer au Conservatoire de Cracovie (ville de  Tadeusz Kantor, artiste d’avant-garde et de stature internationale aux influences dadaïstes, constructivistes et surréalistes). Tout en créant sa compagnie à cheval sur les cultures françaises et polonaises, elle enseigne aux conservatoires supérieurs nationaux de théâtre et de cinéma en Pologne et à l’école du Théâtre national de Chaillot à Paris. À la mort d’Henryk Tomaszewski, elle prend sa succession à la tête de son école de théâtre. Bref, cette artiste est une pointure dont l’école (le Laboratoire d’expression théâtrale) vise un public de comédiens expérimentés et de passionnés de théâtre.
Le théâtre qu’elle vient d’ouvrir (Théâtre Elizabeth Czerczuk), à l’inverse de la démarche habituelle, est dans le même esprit. Quitte à parfois brouiller les pistes. Pourquoi, par exemple, orner le foyer du théâtre de mannequins évoquant la domination sexuelle alors que la pièce qu’elle présente n’est aucunement glauque ? Elle évoque plutôt l’absurdité de la vie et un désenchantement certain. Dans un style qui ravira les passionnés de recherche théâtrale. Car on est là dans une mise en scène particulière, plus proche du mime et du ballet que d’une distribution classique avec des rôles définis et une interaction entre les personnages, certains inspirant la sympathie et d’autre l’antipathie. De sa pièce actuellement à l’affiche – « Requiem pour les artistes », le titre donne déjà le ton – émane une force et un sentiment collectifs. Tous ne font plus qu’un, ne délivrent qu’un message. Et ce n’est pas parce qu’il émane d’une masse humaine qu’il serait sans nuance, au contraire. Certes, venir voir ce spectacle présuppose un esprit curieux et d’accepter une forme d’expression non conventionnelle. En même temps, on se demande où, à Paris, on peut encore trouver des initiatives expérimentales d’une telle qualité…
Pierre FRANÇOIS
« Requiem pour les artistes », de et mis en scène par Élizabeth Czerczuk. Du jeudi au samedi à 20 h 30 jusqu’au 28 octobre 2017. Avec : Marie Chéreau, Laurence Crémoux-Colson, Deáky Szandra, Angela Diana, Aurélie Gascuel, Roland Girault, Valentina Gonzales Salgado, Yvan Gradis, Marie-Cécile Gueguen, France Hervé, Erik Karol, Yann Lemo, Barbara Orzelowska, Chantal Pavese, Sarah Pierret, Coralie Prosper, Zbigniew Rola, Elzbieta Rosa Desbois, Elzbieta Swiatkowska, Roxy R.Théobald, Miguel Angel Torres Chavez, Özge Pelin Tüfekçi, Julien Villacampa Boya Saura. Et, à la musique : Sergio Gruz, Julian Julien (musique originale) ; Kronos Quartet et Michael Nyman (musique additionnelle) ; Erik Karol (chansons originales) ; Simon Lalloy (violoncelle ), Clara Ponsinet (violon ), Pierre Laval ( accordéon). Scénographie, décors : Joseph Kruzel. Costumes : Joanna Sroka Jasko. Au Théâtre Elizabetz Czerczuk, 20, rue Marsoulan, 75012 Paris, tél. 01 84 83 08 80, 06 12 16 48 39, reservation@theatreelizabethczerczuk.fr, http://www.theatreelizabethczerczuk.fr.
Photo : Pierre Francois.

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