« Animal(s) », compilation réussie de deux Labiche en tournée.

Labiche actualisé. Les pièces de vaudeville gagnent à être actualisées si elles ne veulent pas apparaître comme des reliques vénérables mais dépourvues de leur magie originelle. C'est ce qu'a fait ici Jean Boillot, avec la complicité de Jonathan Pontier pour la musique, en ce qui concerne deux pièces animalières de Labiche : « La dame au petit chien » (1863) et « Un mouton à l'entresol » (1875).

« Animal » est en effet du pur Labiche. Ce spectacle est la mise bout à bout de deux pièces en un acte de cet auteur évoquant chacune un animal. Mais il n'y a pas qu'eux à être bestiaux…

Pour qui aime cette écriture cynique et incisive, l'auteur est ici parfaitement servi. La mise en scène utilise ce rythme, cette fameuse « mécanique du rire » de façon parfaitement efficace. Mais, plus encore, si elle conserve les rebondissements du vaudeville, elle transforme les êtres en personnages de farce. Les didascalies, qui font facilement datées, deviennent ici de simples expressions de la pensée, intégrées aux répliques en même temps que le mensonge est inventé. Les pulsions de chacun sont tellement mises à nu que la seconde pièce se termine en orgie. La mise en musique, peut-être un peu trop présente parfois, est le premier signe de la folie qui préside aux comportements de chacun, avec un piano qui joue tout seul. Le texte n'est pas donné, il est vécu. Et articulé à la perfection avec notamment des scènes de bégaiement ou de superpositions de répliques parfaitement réussies. Décors et costumes sont plus expressifs que reconstitués : ils disent l'hypocrisie et le kitsch des intérieurs des nouveaux riches. Le jeu est clairement actualisé, qui va jusqu'à faire référence aux rythmes des effeuillages contemporains.

Labiche est aujourd'hui perçu comme un auteur de spectacle de divertissement, et il l'est, mais pas seulement ! Cette pièce nous montre comment l'individualisme poussé à l'extrême chosifie autrui, que ce dernier soit le patron ou son domestique, le riche ou le pauvre, l'homme ou la femme. C'était le cas au XIXe siècle et une telle pièce avait alors valeur de dénonciation des mœurs de la bourgeoisie pour la faire rire d'elle-même, de la même façon qu'un siècle auparavant Molière ou Beaumarchais faisaient rire les nobles d'eux-mêmes. Le filigrane de chacune de ces deux pièces est la question de l'argent pour les hommes et d'une réputation à sauver pour les femmes qui en ont une. Les choses ont-elles tant changées que cela ? On en doute et la façon dont Labiche est ici actualisé nous renvoie à la réalité de notre propre société.

Pierre FRANÇOIS

« Animal(s) », deux pièces zoologiques en un acte d'Eugène Labiche. Mise en scène de Jean Boillot, musique de Jonathan Pontier. Avec : Guillaume Fafiotte, Philippe Lardaud, David Maisse, Agnès Pontier, Isabelle Ronayette. La pièce sera le 3 février au Minotaure, l’Hectare, à Vendôme, le 6 au Théâtre André Malraux de Chevilly-Larue, les 18 et 19 à la Halle aux grains de Blois, le 3 mars aux Transversales de Verdun, le 7 au Trait d’union de Neufchâteau, les 12 et 13 au Théâtre Ici et là de Mancieulles, les 18 et 19 au Studio du Grand théâtre du Luxembourg, le 24 au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul, les 27 et 28 au Théâtre de Bourg en Bresse, le 3 avril au Théâtre de Chelle, les 10 et 11 au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, le 21 mai au Centre Des Bords de Marne du Perreux-sur-Marne, du 27 au 29 mai au Théâtre de Sartrouville.

Photo : Arthur Pequin.

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