Théâtre : « Cyrano de Bergerac » au Théâtre Michel à Paris.

Le « Cyrano de Bergerac » qui se joue en ce moment au théâtre Michel est accessible au jeune public, plein d'invention et respectueux de l'esprit du texte. Autrement dit, il sort des sentiers battus, mais en enrichissant la pièce. Sur un texte aussi connu, cette performance est d'autant plus remarquable.

La troupe du Grenier de Babouchka, qui travaille plus souvent les œuvres de Molière ou des maîtres du vaudeville que le contemporain (« La Peau d’Élisa » fait figure d'exception dans leur catalogue) s'est ici attelée à cette « comédie héroïque » sous influence romantique. Œuvre monstrueuse si souvent jouée qu'on se demande ce qu'il est possible d'y ajouter et que toute coupe paraît être un blasphème à la littérature entière.

Première surprise, on voit arriver sur scène des personnages masqués. Mais les références à la commedia dell'arte sont dans le texte (allusion à Scaramouche lors de la scène du duel, par exemple). C'est ainsi tout le début de la pièce qui est joué dans un style de farce (Cyrano fesse Montfleury au lieu de le souffleter), au point qu'on finit – la duègne en faisant un peu trop – par se demander comment l'émotion va pouvoir basculer par la suite.

Seconde surprise : certaines tirades qui sont normalement entièrement dites par Cyrano se jouent sous la forme d'un dialogue entre un comédien dans le public qui énumère – par exemple, dans la tirade du nez, les qualificatifs – tandis que Cyrano lui répond par la suite de la phrase.

La scène du balcon mérite un commentaire à elle seule. Il n'évoque pas dans l'ombre le « festin d’amour » dont il est « le Lazare ! » au moment où Christian cueille le baiser conquis par ses paroles ; c'est en les voyant s'enlacer en pleine lumière qu'il prononce sa courte tirade, mais alors quel relief prend-elle !

Les coupes, car il en a, sont tellement bien faites qu'on ne s'en aperçoit qu'une fois sorti du théâtre, en se remémorant que telle tirade était en général plus longue ou telle scène plus développée.

Les scènes de combat sont millimétrées, et heureusement, car plus d'une fois les épées d'escrime se trouvent à hauteur du visage.

Il n'y a rien à dire sur les personnages : on croit à chacun dès son arrivée en scène et ils sont tous bien tenus. Celui de Roxane évolue bien. On regrette simplement que les coupes aient fait presque disparaître Ragueneau, qui est le seul à donner une dimension bien terre à terre (il faut manger, ce n'est pas le tout de versifier ou de se battre) à la pièce.

Il est à noter que la pièce a été montée en collaboration avec la Maison-Musée d'Edmond Rostand à Cambo-les-bains et que les airs de musique joués sont ceux qui ont été écrits par l'auteur et sa femme, le violon étant à l'âme du héros de que son épée est à son corps.

Mais on en a déjà trop dit et il faut laisser le spectateur découvrir cette nouvelle mise en scène et pleurer à son aise…

Pierre FRANÇOIS

« Cyrano de Bergerac », d'Edmond Rostand. Avec : Charlotte Matzneff, Mona Thanaël, Nicolas Le Guyader, Simon Coutret, Stéphane Dauch, Emilien Fabrizio, Simon Gleizes, Didier Lafaye, Edouard Rouland, Yves Roux. Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre.

En alternance les samedis à 14 heures, les dimanches à 14 heures et 20 heures, les lundis à 20 heures. Et tous les jours des vacances au Théâtre Michel, 38, rue des Mathurins 75008 Paris, métro : Havre-Caumartin, Auber, tél. : 01.42.65.35.02. http://www.theatre-michel.fr, http://www.legrenier.asso.fr/.

Photo : Rappeneau.

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