Théâtre, festival off d’Avignon : « La Guerre des émeus, l’histoire vraie d’une armée qui se fait plumer par des oiseaux », par et avec Antoine Le Frère et Laurent Oulkaïd.

Émoi face aux émeus.
« La Guerre des émeus » est le genre de pièce qui ne laisse pas indifférent. Autant dire que les avis sont contrastés. D’aucuns sont rebutés par l’aspect plus que rabelaisien – burlesque, trivial, sexuel – du texte confié à un des rôles, tandis que d’autres encensent la pièce. Le fait est qu’elle tourne, au point qu’elle est programmée pour aller à Avignon. D’ailleurs, à la fin de la représentation vue à Nantes dans une salle remplie de scolaires en alternance, un spectateur demande aux comédiens quel est le message de la pièce tandis qu’un autre s’enquiert de savoir s’ils enseignent leur art.
De quoi s’agit-il ? D’une expédition qui eut réellement lieu en 1932 en Australie*, lorsque les fermes s’étendant, les populations d’émeus – un volatile à peine plus petit qu’une autruche – saccagèrent les cultures lors de leur migration saisonnière. Le gouvernement envoya alors la troupe pour tirer à la mitrailleuse sur ces animaux.
La presse, puis le cinéma et enfin le théâtre s’emparèrent du sujet, le traitant régulièrement sous l’angle comique des humains faisant la guerre à un ennemi inoffensif. C’est encore le cas ici.
Le choix de mise en scène est de faire ressortir le ridicule de la situation et de montrer comment la volonté de domination ne fabrique que des perdants. Le jeu est volontairement caricatural pour un message sérieux. Certes, il y a là un équilibre difficile à tenir, car la caricature tend à rendre les personnages moins crédibles. Il y a surtout un déséquilibre entre le général, trivial au point de faire réagir la salle à chacune de ses saillies, et les autres protagonistes. Plusieurs de ces réactions sont manifestement attendues, les comédiens invitant de temps en temps le public à se manifester. Ils ont tous les deux commencé à s’exprimer sur les planches à travers des travaux d’improvisation, qu’ils maîtrisent bien, cela se sent et on a plaisir à le mesurer. Enfin, tous les ressorts de la farce sont convoqués au service d’une réflexion de fond, de sorte que chacun peut y trouver ce qu’il cherche.
On admire en particulier, dans leur jeu, la capacité à endosser un grand nombre de personnages (environ quinze), un talent pour changer instantanément de voix et de diction, le fait de savoir (sauf pour le général, mais c’est dû au texte) caricaturer sans tomber dans l’outrance. Enfin, le rythme est enlevé, qui ajoute au sentiment de désorganisation des humains face aux oiseaux.
Pierre FRANÇOIS
« La Guerre des émeus, l’histoire vraie d’une armée qui se fait plumer par des oiseaux », par et avec Antoine Le Frère et Laurent Oulkaïd. Mise en scène : Elisa Mabit et Damien Reynal. Scénographie : Benjamin Mornet. Lumières : Cassandre Germany. Sons : Alex Lefort. Costumes : Julie Coffinières.
Au festival off d’Avignon, du 4 au 25 juillet à 19 h 45 à la salle Tomasi de La Factory, 4, rue Bertrand, tél. 09 74 74 64 90.

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_%C3%A9meus

Photo : Sli-K.