Du fond dans une forme de vaudeville.
« Made in France » est interprété par la même équipe qui a donné et reprend « Coupures »*.
Le sujet est aussi explosif que pour le spectacle précédent. Il procède de la même indignation. Mais, au lieu de dénoncer, la mise en scène a choisi de montrer, de montrer sur un rythme et selon les procédés du vaudeville. De ce fait, le spectateur est emporté de rebondissements en rebondissements à un rythme enlevé, mais qui lui donne le temps de réaliser tout le vice qu’il y a dans les manigances des politiques, patrons repreneurs et syndicalistes, chacun en prenant pour son grade. Chaque évolution de la situation – on part de loin, la fermeture d’une usine – est aussi crédible qu’inattendue. Les personnages sont interprétés avec vérité. Une ambiance de cruauté mêlée de cynisme chapeaute le tout, et pourtant l’on ne rit ni ne pleure tant l’absurdité de certaines évolutions laisse pantois. Cette pièce est, d’une certaine façon, un manuel d’exercice du pouvoir. On y retrouve plusieurs des thèmes du « Prince » de Machiavel, mais présentés sous une forme pratique et contemporaine. On est donc loin, dans la forme, des conseils prodigués au petit-fils de Laurent le Magnifique. On sort de là sonné. Sonné par tant de talent quant à l’interprétation et tant de cynisme quant au propos. Mais plus savant.
Pierre FRANÇOIS
« Made in France », de et mis en scène par Samuel Valensi et Paul-Éloi Forget, assistés d’Alice Hefling et Alexandre Babey. Avec June Assal, Michel Derville ou Stefan Godin ou Bertrand Saunier, Brice Borg ou Thomas Rio, Valérie Moinet, Samuel Valensi. À la batterie : Mélanie Centenero ou Chloé Denis. Scénographie : Bastien Forestier et Sandrine Lamblin. Lumières : Geoffroy Adragna. Musique : Lison Favard, Léo Elso et Mélanie Centenero#. Son : Timothée Langlois. Costumes : Carole Nobiron. Dimanche, lundi et mardi à 20 h 30 jusqu’au 27 avril au théâtre de la Renaissance, 20, bd Saint-Martin, 75010 Paris. Réservation : 01 42 08 18 50. https://www.theatredelarenaissance.com/project/made-in-france/
*Du 12 mars au 25 avril au Théâtre de l’œuvre.
Photo : Marie Charbonnier.


