Pour enfant et pour l’enfant habitant les adultes ?
« Papy Quichotte » est-il réellement un spectacle à partir de sept ans ? Oui, à condition d’avoir initié les enfants à l’histoire de Don Quichotte, laquelle peut être analysée de différentes façons. Rappelons-nous que Kafka se voyait comme un auteur comique, alors pourquoi Cervantès ne pourrait-il pas être vu à la fois comme tel ainsi que comme un satiriste décrivant les dérives sociales de son temps ?
La mise en scène fait le choix de mettre en exergue l’opposition entre la folie et la convention sur fond de complicité sautant une génération, entre la petite fille – sorte de narratrice ou, en tout cas, locomotive des débats – et son grand-père. Du côté des parents, le fils s’oppose tandis que la belle-fille tente de faire au mieux. L’atmosphère se situe entre le réalisme et la fantasmagorie, en plein conte éveillé. Les citations sont peu fréquentes, mais régulières et toujours parfaitement contextualisées, tandis que le texte ne dédaigne pas les rimes libres. Certes, on regrette que la bande son prenne parfois le pas sur les dialogues, mais sans doute est-ce là la conséquence d’un rythme rapide, voire haletant. On saute ainsi de rebondissement en rebondissement, tous plus imprévus – voire loufoques – les uns que les autres.
Par ailleurs, c’est l’option du sourire qui est prise dans la manière de traiter de sujets aussi éternels que la déraison comme conséquence de la perte de mémoire ou que la communication dans la famille. Les membres de cette dernière sont parfaitement habités. L’on saisit immédiatement le rôle de conteuse et d’innocence (pas si) enfantine (que ça) dévolu à la fille. On croit naturellement à la personnalité bonhomme et déjantée du grand-père. Le père est complètement crédible dans le rôle de celui qui refuse de déroger aux modèles sociaux admis. La mère, de son côté, garde un moment son aura de mystère, engloutie qu’elle est dans son art, avant de tourner la page vers la recherche de solutions concrètes. Toutes ces personnalités sont perçues dès leur première réplique et on ne voit pas le temps passer.
Pierre FRANÇOIS
« Papy Quichotte », de et mis en scène par Elsa Granat, avec la collaboration dramaturgique de Laure Grisinger. Avec Maëlis Certenais, Antoine Chicaud, Esther Lefranc, Dominique Parent. Manipulatrice marionnettes : Géraldine Zanlonghi. Chef de chœur : Erwan Piquet. Scénographie : James Brandily. Lumières : Vera Martins. Son : Mathieu Barché. Costumes : Marion Moinet.
Au théâtre Paris-Villette, 211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris, tel. 01 40 03 74 20, https://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/papy-quichotte/ le 1ᵉʳ mars à 15 h 30, le 4 à 14 h 30, le 5 à 14 h 30, le 7 à 17 h, le 8 à 15 h 30. Durée : 1 h 15.
Photo : Christophe Raynaud de Lage.


