Théâtre : « Soie », d’Alessandro Baricco, trad. Françoise Brun, au Lucernaire, à Paris.

La pièce « Soie », adaptée du roman, pouvait-elle arriver à la hauteur de son modèle ? La réponse est sans appel : oui, absolument. L’exploit est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un spectacle solo dans lequel seules les tons de voix – et, parfois, le fait de se tenir derrière telle ou telle tenue disposée sur un mannequin de couturière – font percevoir les changements de personnages. Mais la perfection de la diction ne s’arrête pas là : par son rythme, par ses intonations, elle transmet plus d’émotions que l’on saurait le dire. On est suspendu aux lèvres de la comédienne* au point que l’on ne voit pas le temps passer, occupé que l’on est à jouir du plaisir d’entendre une belle langue exprimer un mélange aussi étonnant qu’équilibré de poésie, d’érotisme et de délicatesse (d’aucun rappelleront que l’érotisme est délicat par essence, mais rarement à ce point).
Comme un parfum sublime un corps, les lumières et les bruitages sont réglés avec le même souci de beauté porté à son acmé. La synchronisation entre ces différents moyens d’expression est sans faille, le dosage est d’une justesse remarquable. La salle dans laquelle se donne cette pièce – le paradis – est bien nommée en l’occurrence et il faut courir voir ce spectacle.
Pierre FRANÇOIS
*qui n’est pas une inconnue : elle a déjà commis un « La Petite fille de Monsieur Linh » qui était une pure merveille au point d’être joué plusieurs centaines de fois.
« Soie », d’Alessandro Baricco, traduction de Françoise Brun. Avec Sylvie Dorliat. Mise en scène : William Mesguich. Du mardi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 h 30 jusqu’au 28 novembre au Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris, tél. 01 45 44 57 34, http://www.lucernaire.fr/a-l-affiche/4268-soie.html

Photo : Natacha Housty.

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