Théâtre : « Label illusion », de Solenn Jarniou au Nouveau grenier dans le Off d’Avignon.


Espoirs et illusions, conte et objets.
« Label illusion » fait partie de ces spectacles qui entretiennent l’espoir d’un théâtre qui reste de qualité, malgré la longue impossibilité de travailler imposée à tout le secteur du spectacle vivant.
Car cette pièce, qui se joue du 7 au 28 juillet à 17 h 30 au Nouveau grenier (ex-Collège de la Salle) d’Avignon est touchante, réjouissante et profonde. On sait combien une captation rabaisse – voire trahit – la qualité d’un spectacle et pourtant ces adjectifs ont pu lui être attribués à la seule restitution sur écran de cette pièce. C’est donc un plaisir d’imaginer ce que donnera « en vrai » ce qui se situe à la croisée du récit conté et du théâtre d’objet. La ligne directrice du spectacle tient en une phrase paradoxale, mais d’une réalité incontestable : « On porte nos espoirs, on traîne nos illusions. » S’ensuit une relecture desdits espoirs et illusions de l’époque hippie en montrant combien – pas assez, peut-être, néanmoins – ces derniers sont apparentés à l’époque présente qui, elle aussi, se situe à un tournant de l’Histoire*.
Il ne s’agit pas d’une idéalisation : les illusions des « voyages » hallucinatoires sont bien montrées, et avec beaucoup d’humour. De même, si on rappelle les valeurs qu’étaient « Love and peace », on n’oublie pas non plus que cette période a accouché de Charles Manson. Ce réalisme n’empêche pas une poésie de tous les instants, régulièrement soutenue par une musique parfaitement adaptée. On pourrait synthétiser ce spectacle en disant qu’il s’agit d’un hymne raisonné dédié à une époque cousine de la nôtre.
Le jeu est parfaitement au point, le rythme ne faiblit jamais, l’inventivité est sans cesse au rendez-vous. On se régale.
Pierre FRANÇOIS
« Label illusion », de Solenn Jarniou. Conception, mise en scène, écriture d’images, interprétation : collectif Label Brut (Laurent Fraunié, Harry Holtzman et Babette Masson). Regard extérieur, direction d’acteur : Jonathan Heckel. Création lumières : Sylvain Séchet. Son & recherche musicale : collectif Label Brut & Xavier Trouble. Régie : Mona Guillerot. Dans le festival off d’Avignon au Nouveau grenier, 9 Rue Notre Dame des sept douleurs, 84000 – Avignon.

*Il est assez frappant de noter que les « événements » de 68 ne sont pas un épiphénomène propre à la France, mais une vague de revendication de libertés mêlant violence et aspirations pacifiste qui a couvert le monde.
Aux États-Unis, on assiste à un tournant dans la guerre du Viet Nam (offensive du Têt, photo du chef de la police exécutant Nguyễn Văn Lém qui fait le tour du monde, démission de Mc Namara) aboutissant à un renversement de l’opinion publique, à l’assassinat de Martin Luther King et de Robert Kennedy, à des manifestations pour les droits civiques et la consommation de drogue croissante aboutit à la création du Bureau des narcotiques (futur DEA), à une crise économique qui signe la fin de la convertibilité dollar-or, au mouvement de libération de la femme local (Radical Women) qui manifeste contre l’élection de Miss America.
En Tchécoslovaquie, c’est le Printemps de Prague et son écrasement par les forces du Pacte de Varsovie.
En Pologne, on assiste à des manifestations d’étudiants à Varsovie, Gdansk, Cracovie et Poznań, à la suite de la censure d’une pièce de théâtre.
Au Brésil, la police tue Edson, un étudiant participant à une marche de protestation contre la vie chère, ce qui a entraîné pour le gouvernement militaire une année mouvementée (avec notamment la Marche des cent mille), qui s’est terminée par la promulgation de l’AI-5, un décret restreignant la plupart des garanties fondamentales en matière de droits de l’homme.
En Yougoslavie ont lieu des manifestations d’étudiants à Belgrade, Sarajevo, Zagreb et Ljubljana, lesquelles constituent la première manifestation de masse dans ce pays depuis la Seconde Guerre mondiale.
Au Japon, manifestations étudiantes du mouvement Zenkyōtō trouvant leur inspiration dans le nihilisme, l’humanisme, le communisme et l’existentialisme.
Au Mexique, on compte entre quatre (officiel) et 300 (organisateurs) morts – ainsi que plusieurs centaines de disparus – lors du massacre de Tlatelolco. Celui-ci met un terme, dix jours avant l’ouverture des Jeux Olympiques au cours desquels les athlètes noirs Tommie Smith et John Carlos lèvent le poing sur le podium, à trois mois de contestation estudiantine.
Au Pérou, c’est le coup d’État du général Juan Velasco Alvarado qui instaure un « Gouvernement révolutionnaire des Forces armées » à la suite d’un contrat passé par le précédent gouvernement, qu’il juge trop favorable aux compagnies pétrolières (qu’il nationalise aussitôt, ainsi que d’autres secteurs économiques).
En Irlande du Nord, on assiste au début des « troubles ».
En Italie, les étudiants occupent l’université de Rome avant que ne se déclare une grève générale dans les usines.
En Allemagne, l’attentat contre Rudi Dutschke entraîne des manifestations contre le groupe de presse Axel Springer. Par ailleurs, Andreas Baader et son amie Gudrun Ensslin commettent leur premier attentat : l’incendie de magasins à Francfort.
En Suisse, l’émeute du Globus marque le début du mouvement social de soixante-huit dans le pays.
Au Québec a lieu le « Lundi de la Matraque ».
Au Liban, des manifestations sont organisées en faveur des Palestiniens.

Photo : Sylvain Sechet.

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