Théâtre. « La Permanence des rêves, il y avait donc urgence », de Catherine Morlot au théâtre de la Reine blanche, à Paris.

Vers la réalisation des aspirations.
« La Permanence des rêves » est une pièce aussi étrange qu’une insomnie. Le cauchemar initial, c’est la peur. La peur des filles auxquelles on dit « sois prudente » pendant que l’on dit aux garçons « bonne soirée ». Une prudence qui ne se réduit pas aux soirées, mais qui doit être de chaque instant. Ce coup de starter permet au moteur des rêves, des désirs d’impossible, de s’enclencher, en réaction aux souffrances des uns et des unes. Pour cela, il faut d’abord entendre la peur cachée sous la colère, qui prend la forme d’une rage libératrice. De discrets rires féminins authentifient cette diatribe initiale.
Sur scène, certains personnages entendent immédiatement ce cri et lui donnent la priorité, avant même l’engagement professionnel. Pour d’autres, ce sera plus tard. Tous aspirent à pouvoir confier leurs rêves à quelqu’un de bienveillant, au-delà de la compréhension de leurs désirs.
La mise en scène est brute et nue. On passe sans cesse du rêve à la réalité, du cauchemar à la force du réel, un réel qui pourtant est perçu de manière de plus en plus maîtrisée. Les personnages ont une richesse psychologique certaine, même si leurs affrontements sont sans fard. On est pris, on les suit à travers ce dédale de désillusions qui vont, paradoxalement, construire des personnalités de désirs positifs. Bien sûr, cette pièce peut être qualifiée de féministe, mais là n’est pas forcément son caractère principal, qui vise plutôt à la fédération des énergies libératrices, qu’elles proviennent de femmes ou d’hommes. À moins que l’on accepte de voir dans le féminisme une voie vers plus d’équilibre et d’harmonie.
Seul regret : il n’y a pour le moment que dix dates au théâtre de la Reine blanche.
Pierre FRANÇOIS
« La Permanence des rêves, il y avait donc urgence », de et mis en scène par Catherine Morlot, assistée d’Anne Le Queiroz. Avec Anthony Audoux, Félicité Chaton, Louise Dupuis, Sarah Taradach, Samy Zerrouki. Lumières : Laurent Bénard. Son : Sylvain Jacques. Mercredi et jeudi à 21 h, samedi à 20 h jusqu’au 14 novembre au théâtre de la Reine blanche, 2 bis, passage Ruelle, 75018, Paris. Tél. : 01 40 05 06 96. Courriel : reservation@scenesblanches.com. Web : https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/la-permanence-des-reves

Photo : Pierre François.