Théâtre : « Chambre 2 », d’après le roman de Julie Bonnie au Théâtre de la reine blanche, à Paris.

Onirisme réaliste.
« Chambre 2 », qui tient du théâtre et de la chorégraphie, unit ces deux pôles par une sobriété commune, laquelle donne un ton souvent impersonnel au récit. L’artifice est heureux, sinon comment aurait été reçu ce catalogue des cas de figure pouvant se trouver dans une maternité ? Car, s’il y a dans la chambre 2 une histoire exceptionnelle, les autres sont représentatifs de ce qui se passe dans celles des jeunes – ou moins jeunes – accouchées, avec leur cortège d’entailles physiques ou morales et les odeurs qui vont avec. Mieux valait donc prendre un peu de distance au moment de rendre compte du sentiment intime de l’aide-puéricultrice – qui par principe va très bien et est souriante, même si elle est habitée par l’épuisement. Elle aussi, qui va au travail en hôpital comme d’autres enfilent leur bleu pour aller à l’usine, va naître, mais à elle-même, en réconciliant son passé avec son présent.
Égrener ce qui se passe dans chacune des chambres qu’elle visite en affichant un sourire professionnel, c’est à chaque fois placer les spectateurs devant un destin et faire revivre à beaucoup des spectatrices des souvenirs. Qui ont la vertu de les faire régulièrement rire, car le récit est empreint d’une dérision réaliste.
Utiliser un plateau nu à l’exception d’un objet indéfinissable – demi point d’exclamation ou évocation d’un ventre rond, c’est selon – facilite l’atmosphère onirique qui entoure des récits de miracles ou, plus rarement, de cauchemar.
Organiser un va-et-vient entre la propre vie de la narratrice, celle de ses collègues et des pensionnaires temporaires du service, permet de montrer l’universalité des émotions traversées et, parfois, des reconstructions ébauchées.
On est là dans un spectacle assurément féminin, mais qui sait parler à tous avec humour. La gravité y devient légère, la sensibilité palpable, l’individuel universel.
Pierre FRANÇOIS
« Chambre 2 », d’après le roman de Julie Bonnie. Mise en scène : Catherine Vrignaud Cohen. Avec : Anne Le Guernec. Scénographie et lumières : Huma Rosentalski. Chorégraphie : Stéphanie Chène. Création sonore : Sylvain Jacques. Mardi, jeudi et samedi à 21 heures jusqu’au 15 janvier au Théâtre de la reine blanche, 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris, tél. 01 42 05 47 31, métro La Chapelle ou Marx Dormoy, bus 35 et 38 (Département — Marx Dormoy), 302 et 350 (Place de la Chapelle), https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/chambre-2

Photo : Huma Rosentalski.

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