Théâtre : « Changer l’eau des fleurs », d’après le roman de Valérie Perrin au Théâtre Lepic, à Paris.

Amours mystérieuses.
« Changer l’eau des fleurs » fait partie de ces pièces qui sont réussies à plus d’un égard. L’incarnation des comédiens, d’abord, est particulièrement réussie, même si l’on est un peu inquiet du jeu adopté au tout début par des personnages encore inconnus à ce moment-là et répétant plusieurs fois la même phrase. Jeu dont on comprend, mais beaucoup plus tard, que son étrangeté fait référence à l’étrangeté de la situation.
Car cette dernière ne saute pas aux yeux. Au contraire, qu’y a-t-il de plus banal qu’une femme gardienne de cimetière – même si ses visiteurs imaginent parfois que c’est un métier d’homme – ou qu’un homme cherchant à comprendre les dernières volontés de sa mère ? Ces deux-là vont-ils s’aimer ? Rien n’est joué…
Ces deux-là sont surtout à la dérive et en quête d’un sens qui leur a échappé un jour. Le jour où ils ont laissé leurs failles les modeler au lieu de construire un pont vers l’avenir pour les enjamber.
Le jeu des comédiens est d’un naturel déconcertant. Même les ponctuations musicales ou un décor au réalisme volontairement approximatif ne parviennent pas à distraire le spectateur de l’adhésion à l’action qui se déroule sur le plateau.
Une action toute en nuances, faite non seulement de dialogues, mais aussi de silences gênés ou de non-dits. Si l’on devine assez facilement pourquoi une femme veut que ses cendres reposent près d’un inconnu et non de son mari, on ne sait que très tardivement pourquoi une autre est passée de garde-barrière à gardienne de cimetière.
Le charme de la pièce est là, dans un jeu millimétré et dans des dialogues aux rebondissements aussi inattendus que logiques. Pour le dire brièvement, la finesse psychologique du texte est parfaitement rendue par un jeu tout aussi parfaitement crédible. Et ce qui impressionne le plus, c’est que la pièce ait été si au point dès sa première représentation.
Pierre FRANÇOIS
« Changer l’eau des fleurs », d’après le roman de Valérie Perrin. Avec Caroline Rochefort, Morgan Perez, Mikaël Chirinian. Mise en scène : Salomé Lelouch et Mikaël Chirinian. Adaptation : Caroline Rochefort et Mikaël Chirinian. Du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures au Théâtre Lepic, 1, avenue Junot, 75018 Paris, tél. 01 42 54 15 12, www.theatrelepic.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *