Musique : « Karnage opéra » sort plusieurs EP.

« Karnage opéra », c’est de la vraie musique ! Son influence électro est plus ou moins marquée selon les morceaux. Ses textes sont de vrais textes. Qui feraient plus cauchemarder que rêver s’ils n’étaient pas emprunts de cette poésie, de cette proximité avec notre humanité. Il y a comme la volonté d’une communion dans le travail de création du groupe. Comme le dit Christian Roux, admirateur du surréalisme, il se doit de laisser échapper ce qu’il ne comprend pas toujours. Mais on est loin, très loin d’une démarche solitaire. Humain blessé, il sait qu’il n’est pas le seul à souffrir et s’il partage ses douleurs – ou plutôt sa lucidité – c’est d’abord pour permettre à l’auditeur d’entrer en résonance, de se rendre compte qu’il n’est pas seul. Ils sont alors deux à se sauver : lui d’une violence intime qui pourrait mal tourner, son public d’un sentiment de solitude trop absolu. Le partage des émotions douloureuses permet d’atteindre une plénitude dans la mesure où subies seul elles sont fortes au point de ne pouvoir être que niées. Car l’émotion partagée, qu’elle soit heureuse ou non, permet de sublimer le quotidien. Oui, nous vivons dans un monde de carnage, mais le dire permet d’y survivre.

On peut d’ailleurs se poser la question de savoir si – pour les plus énergiques, comme ce groupe – il n’est pas également possible d’incliner cet univers désorienté vers plus de vie et d’humanité. Autrement dit de transformer du négatif en positif.

Le collectif était en train de préparer un album lorsque la pandémie est arrivée. Alors que le rythme des compositions était relativement tranquille (les premières avaient été faites en 2019), le premier confinement a provoqué une fièvre créatrice et ce sont dix morceaux qui sont soudain venus s’ajouter aux sept déjà existants. Le résultat, avec la fermeture des salles de spectacle ? La publication de trois EP qui sortiront toutes les sept semaines jusqu’en juin, le premier comptant cinq morceaux et les suivants six. Ils sont tous intitulés « Revenir ». Revenir de quoi, interroge le communiqué de presse. Du confinement, des idées noires, des illusions… Et pour quoi faire : recommencer comme avant ou non ? Rester seul ou rassurer et s’assurer ? S’accrocher à des souvenirs ou à des espoirs impossibles ? Peu importe, du moment que l’on vit, même si c’est affecté d’une lucidité cruelle. En allant écouter le premier EP sur Soundcloud, on s’aperçoit que ceux-là ne sont pas des débutants (on s’en serait douté…) et on se plaît à écouter leurs musiques antérieures pour entrer un peu plus dans leur univers, un univers si vrai !

Un univers qui se décline aussi sous forme de romans noirs (dont « La Bannière était en noir » qui a donné lieu, en collaboration avec Christian Roux, au téléfilm « Le Chant des sirènes » qui a remporté le prix du meilleur téléfilm au festival de la fiction TV de La Rochelle en 2011), de scénarios (actuellement l’adaptation de son roman « Que la guerre est jolie »), de musiques pour des pièces de théâtre, comme « La Guerre de Troie en moins de deux ! », qui a donné lieu à deux articles ici et dont 39 dates sur 60 commandées viennent d’être reportées pour cause de pandémie. Mais la vie continue, et le carnage n’empêchera pas l’humanité de gagner la partie.

Pierre FRANÇOIS

https://soundcloud.com/search?q=karnage opera

Collectif Karnage opéra. Christian Roux : claviers, guitares, sax, programmations. Laure Ricouard : chant, chœurs. Johanna Ricouard : chant, chœurs. Nicolas Gorréguès : basse, contrebasse électrique. Martin Denny : batterie, chœurs. Nicolas Bournaud : mixage, mastering.

Photo : Laure Ricouard.

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