Livres : « Éclaircies en haute mer », de Marc Bouriche.

Approfondissement progressif.

« Éclaircies en haute mer » est un livre qui se mérite. En effet, son auteur, Marc Bouriche, cumule le triple handicap d’être psy, poète et voileux. Les psy, surtout les lacaniens (ce qu’il n’a pas l’air d’être, ouf !), ont l’habitude de faire des jeux de mots parfois aussi hasardeux que pédants. Les poètes ont leur univers, dont la clef est souvent dissimulée. Les marins, enfin, sont plutôt des contemplatifs pour lesquels la quête du rayon vert ne saurait se faire que dans un silence respectueux face à l’Infini révélé par l’univers marin.

De fait, au début de son ouvrage, on a parfois l’impression que l’auteur se regarde écrire et qu’il se meut dans un monde à la logique insaisissable. Pourtant, et c’est pourquoi il est important de persévérer dans la lecture, il est si familier de la maïeutique que peu à peu, presque à notre insu, des portes s’ouvrent, des jours se laissent entrevoir, des pistes apparaissent en pointillés pour le lecteur. C’est qu’en nous racontant – de façon si symbolique et masquée qu’aucun secret n’est trahi – les moments forts de certaines cures, il touche à l’universel. Et donc nous rejoint. Mais toujours partiellement, car on sent bien que pour lui les révélations se découvrent à deux.

Il faut signaler l’importance de la page 9 intitulée « Une Question, pourquoi ce recueil ». Si elle ne dit rien du style des paraboles, poésie en prose et récits symboliques qui suivent, elle éclaire néanmoins d’une façon aussi heureuse que factuelle le reste du livre. De même, sa confession des pages 252-253 dit combien il s’agit d’un véritable auteur et non d’un manipulateur qui ferait de ses personnages des marionnettes. Enfin, il n’est pas utile d’être arrivé à la toute fin de l’ouvrage pour en lire l’appendice « En Amont des Lettres, entretien » qui, s’il est écrit dans un style nettement plus psychologique, livre encore des clefs sur l’univers intérieur de l’auteur.

Entre deux, on sera certes passé à côté de quelques lettres, d’autres nous auront intrigué ou troublé, d’autres enfin auront séduit par la vérité d’une formule : « Quijote, encore un solitaire qui par la grâce d’aimer ne souffrirait jamais de solitude », « Le monde ne progresse pas, seules les âmes progressent. Le monde se garde en vie, le plus longtemps possible, au meilleur coût », « il n’est pas mauvais de savoir, il est urgent de comprendre que savoir n’est pas connaître »…

Comme on l’a compris, on se situe ici dans un territoire qui transmue en poésie des domaines intellectuels qui le plus souvent tiennent à souligner leur indépendance par rapport à tout ce qui n’est pas raisonné et raisonnable. C’est l’originalité de Marc Bouriche d’y parvenir et de faire en sorte que loin d’être déçu de ne pas avoir tout saisi à la première lecture, on garde son livre dans un endroit où on pourra le reprendre facilement, pour de nouvelles découvertes.

Pierre FRANÇOIS

« Éclaircies en haute mer », de Marc Bouriche. Éditions complicités, collection l’art de transmettre. 339 pages, 25 €, ISBN 9782351201664.

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