Actu : Corneille n’a pas écrit les pièces de Molière, par Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps, chercheurs au CNRS et à l’École nationale des chartes (suite).

Un débat séculaire.
C’est Pierre Louÿs qui le premier énonce que la plupart des pièces de Molière seraient de Pierre Corneille.
Comment savoir ? Le contexte historique est social ne facilite pas le travail de discernement.
D’une part, les auteurs ne conservaient pas de notes une fois le travail publié, ce qui pose la question de savoir si la ponctuation est d’eux ou de leurs éditeurs.
D’autre part, si la notion d’auteur commence à s’affirmer (c’est Beaumarchais, après le succès du Barbier de Séville qui, en 1777, se réunit avec d’autres pour créer un bureau de législation dramatique dont les intuitions seront inscrites dans la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, lequel deviendra la SACD en 1829), elle reste encore incertaine en ce sens que personne ne voit le mal qu’il y a à écrire une variation sur un thème déjà traité par un autre. La Fontaine, contemporain de Molière, s’inspirait largement d’Ésope. Edmond Rostand se fait l’écho des emprunts que l’on faisait sans scrupule à ses amis dans la scène six de l’acte cinq de « Cyrano de Bergerac ». On est dans une époque où tout le monde se copie et copie les mêmes prédécesseurs, de sorte que les différences entre les textes des uns et des autres sont minimes. Soit dit en passant, la pratique perdure – que l’on se souvienne des « travaux » de madame Tiberi, du film « Séraphine », de Joseph Mace-Scaron qui recopie Bill Bryson ou d’Etienne Klein qui, dans son ouvrage « Le pays qu’habitait Albert Einstein », cite des passages entiers de « Einstein lived here » sans fournir de référence, entre autres… – mais cela s’appelle désormais du plagiat, puni par la loi.
Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps commencent par récapituler les différentes méthodes utilisées jusqu’à présent avant d’exposer la leur. De même, ils rappellent que face aux tenants de l’authenticité des écrits signés Molière, deux théories se sont mises en place.
Selon l’une, il y aurait eu un accord entre les deux pour que Molière fournisse un canevas que Corneille aurait mis en vers ; selon l’autre, Corneille est le seul auteur des pièces, notamment des Précieuses ridicules.
(à suivre)
Pierre FRANÇOIS

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