Théâtre : « Bérénice », de Racine, en tournée.

Un classique rendu moderne, par Clara.
Ce grand classique de la littérature, inspiré de l'antiquité romaine et dont le thème central est l’impossibilité de l’amour, résonne d'une étonnante modernité. Les héros ne sont plus les jouets des Dieux, mais de leurs propres passions. Et ces dernières sont contrariées car elles contredisent l'ambition politique de Titus, le héros. Il hésite, tergiverse, pèse le pour et le contre, mais sa décision se révèle irrévocable. Le spectateur est donc plongé dans les affres de la passion et le tourment d'un choix difficile mû par de nombreuses considérations (politiques, sociales, culturelles).
Le sol est rouge, couleur du sang qui ne sera pas versé, quatre bancs de bois brut, des néons violents éclairent seuls cette scène : une mise en scène épurée, sobre, exigeante qui soulignent le difficile renoncement dans une confrontation des héros à la sensualité exacerbée. Les six personnages en costumes de ville modernes, sont sobres et élégants, tout de noir et blanc, pieds nus. La quasi-absence de couleur et de décor renforce l'idée de vacuité des activités humaines. Un fond sonore léger ressemble au vent qui souffle, emportant les sentiments profonds comme un fétu de paille.
L'histoire est celle du choix et donc du renoncement. L'amour est-il vain, ou plutôt qu'est-on capable d'abandonner et pour quel bénéfice ? Bérénice, délaissée, hurle un cri d'orage souligné par des éclairs qui évoquent les battements de son cœur.
La mise en scène, sobre et épurée pose une distanciation entre la parole et le geste, rendue brutale par l'écran où sont projetées des visages flous. La violence de la lumière des néons expriment l'impuissance et la vacuité de l'existence, l'inutilité des sentiments face aux raisons d'État.
Chacun des personnages est admirable et révèle remarquablement bien les émotions de ces êtres qui se débattent tant bien que mal avec leurs contradictions.
Un spectacle émouvant et éminemment moderne.
Clara.
« Bérénice » de Jean Racine. Création de la compagnie La Ronde de nuit. Mise en scène : Gaëtan Vassart. Avec Stéphane Brel, Valérie Dréville, Sabrina Kouroughli, Anthony Paliotti, Maroussia Pourpoint, Gaëtan Vassart. Le 30 novembre à Maisons-Alfort (théâtre Claude Debussy), le 17 décembre au théâtre de Chartres, le 19 décembre à Cessons-Sévigné (théâtre du Pont des arts), du 6 au 8 février 2020 à Aix-en-Provence (théâtre du jeu de paume), en attendant de nouvelles dates…
Photo : Pascal Gely.

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