Théâtre : « Tout brûle, so what ? », de et mis en scène par Côme de Bellescize en tournée.

Et pourtant…
Un texte de théâtre, c'est soit la beauté de la langue, soit le symptôme d'une psychologie riche (de préférence les deux). Mais dans « Tout brûle, so what ? », on assiste plutôt à une suite de dialogues, tantôt croisés, les comédiens s'interpellant tous mais deux à deux, tantôt en étoile soit à destination soit depuis l'âme revendiquée de la famille, le père. Du point de vue du décor, l'absence d'un écran au fond ou de l'apparition de dièses suivis d'une mention en anglais rendrait sans doute l'intrigue plus lisible. Quant au fait de jouer dans une grande salle, il donne l'impression que les cinq comédiens (en général un de moins d'ailleurs) jouent aux quatre coins tandis que les spectateurs au-delà du huitième rang voient autant un spectacle de mime qu'ils n'entendent une pièce. Certes, le personnage du marabout déclenche des rires, le relent de racisme étant un ressort sûr en la matière. Celui de la secrétaire aussi, qui a un jeu presque clownesque.
Pourtant, ce spectacle mérite d'être vu. Il bénéficie d'un certain rythme et, surtout, les comédiens incarnent bien le personnage qui leur est attribué – surtout celui de la mère – tout pauvre qu'il soit. Par ailleurs, même si les transitions sont quasi-inexistantes (factuelles ou orales, mais rien qui trahisse une évolution psychologique dans le jeu), il décrit une situation hélas fréquente dans certains milieux aisés, quand l'argent donne un pouvoir qu'on n'a pas été préparé à exercer ou qu'on a avalé tout cru une éducation religieuse qui déifie plus la famille que Dieu lui-même. À ce titre, les allusions à la parabole des talents, à celle du semeur ou au lavage des mains de Ponce Pilate (qui se situe effectivement à un moment charnière de la pièce) sont pertinentes.
Pierre FRANÇOIS
« Tout brûle, so what ? », de et mis en scène par Côme de Bellescize. Avec Gustave Akakpo, Raphaèle Bouchard, Nigel Hollidge, Vincent Joncquez, Hélène Raimbault, Benjamin Wangermée. Scénographie : Camille Duchemin. A partir de quinze ans. Les 5 et 6 avril au théâtre Montansier de Versailles, le 9 avril au théâtre de Rungis, le 12 avril au théâtre de Maison-Laffitte, le 14 mai au théâtre de Laval, le 16 mai au Rutebeuf de Clichy, les 5 et 6 juin au Quai d'Angers.

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