Théâtre : « Le petit théâtre du bout du monde, opus 1 » à La Criée, à Marseille.

Inclassable et poétique.
« Le petit théâtre du bout du monde, opus 1 » fait partie de ces spectacles qui n'appartiennent à aucun genre en particulier. Certes, c'est du théâtre d'objet, de la marionnette, mais qu'a-t-on dit de ce spectacle une fois que l'on a dit cela ? Rien.
On est d'ailleurs à mi-chemin entre le théâtre au sens habituel du terme et l'installation, la performance.
Dans sa forme, ce spectacle est un échafaudage étrange, une boite de cinq mètres par trois à demi enterrée dans laquelle se meut une marionnette et son manipulateur qui vont d'un accessoire à un autre pour déclencher des effets sans rapport apparent entre eux, mais qui font régulièrement rire. On voit cet ensemble à travers un tulle qui tient lieu de fenêtre. Au dessus, sur un plateau, quelques marionnettes nettement plus grandes, immobiles, attendent, sereines, la visite de leurs petites consœurs du dessous. Car ces dernières leur rendent régulièrement visite. Que se disent-elles ? Aucune idée, le spectacle est muet, même s'il est agrémenté de bruitages.
Sur le fond, une atmosphère poétique se dégage de l'action et de la scène. Voir les grandes marionnettes posées et bien à leur place sur le plateau supérieur fait penser à « L'Angélus » de Millet, même si elles n'en ont pas l'attitude. Tandis que celles du dessous évoquent la routine régulièrement troublée – parfois de façon comique – d'une vie d'usine. Il y a le monde et l'infra-monde, les dieux et leurs serviteurs dans une atmosphère bien réglée sur fond de catastrophe en préparation, mais à laquelle nul ne prête une véritable attention. La vie continue, avec son flot d'informations, mais qui sont moins là pour leur valeur que pour leur existence.
Il est clair que pour apprécier ce spectacle, il faut se laisser prendre par la main sans chercher aucune explication ou interprétation intellectuelle. On est dans un conte muet, avec sa part de mystère et de récit à construire à deux, le comédien et le spectateur. Il n'y a rien à comprendre et tout à recevoir.
Pierre FRANÇOIS
« Le petit théâtre du bout du monde, opus 1 ». Mise en scène scénographique et marionnettes : Ezéquiel Garcia-Romeu. Dramaturgie, regard extérieur : Laurent Caillon. Du 4 au 6 mai puis du 9 au 13 mai au Théâtre national La Criée de Marseille, 30, quai de Rive Neuve 13007 Marseille, tél. 04 91 54 70 54, http://www.theatre-lacriee.com

Photo : Pierre Francois

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