Théâtre : « La Valse avant la nuit », de Benoît Marbot au théâtre du petit Parmentier à Neuilly-sur-Seine

Exceptionnel !
Il y a des auteurs et metteurs en scène dont on ne voit le travail que trop peu souvent. Benoît Marbot est de ceux-là. Cela fait presque vingt ans qu'il écrit et commet des pièces dont le texte comme le jeu sonnent toujours aussi juste, mais qu'elles ne peuvent être vues que par ceux qui ont la chance de l'avoir repéré et d'être libres aux quelques dates auxquelles elles se jouent.
Par chance, il redonne, dans une mise en scène renouvelée mais toujours aussi bonne, « La Valse avant la nuit ». Le texte fait penser à une partie de ping-pong, les répliques de ce huis clos, avec pour seul élément extérieur un majordome, sont toujours pertinentes, de temps en temps une pique impertinente crée l'humour. On compte les points de ce débat impossible entre ceux du front et ceux de l'arrière, celle qui veut à tout prix que son fiancé vive et celui qui place la patrie au dessus de l'amour. Point à noter : cette joute est la matière même de la pièce, non pas un de ses meilleurs moments ; le rythme ne faiblit jamais, les retournements sont réguliers et à chaque fois amenés de façon à surprendre.
Le milieu bourgeois de l'époque de la Grande Guerre est rendu avec une justesse qui fait mesurer combien les mentalités ont peu évolué sur certains points. Les mots ont changé, pas les concepts. On est assez proche d'une atmosphère à la de Larigaudie ou à la Péguy, avec tout ce qu'il y a autour en matière de médiocrité ou d'inconscience. On croit immédiatement à chacun de ces personnages réunis dans la fraîcheur d'un soir.
Le capitaine (« Monsieur a bien changé depuis qu'il y a la guerre », dixit le majordome) blessé est ce qu'il faut de désabusé allié à un sens du devoir de l'élite noble dont il fait partie. Le meilleur ami, qui s'est fait nommer à la tête d'une usine d'armement plutôt que d'aller au front est juste ce qu'il faut de méprisable, de malhabile aussi en amour. Le tirailleur sénégalais (qui arrive du Dahomey) a à la fois ce qu'il faut de courage désintéressé et de lucidité sur l'attitude du blanc, de quant-à-soi aussi. La fiancée fait penser à la Roxane jeune, insouciante et égocentrique ; elle honore par ailleurs parfaitement la définition que François Ier donnait des femmes… Il n'y pas jusqu'au serviteur de la famille, faux petit rôle, qui ne soit parfaitement bien campé. Une bonne partie des ressorts comiques repose sur son attitude et ses propos.
Bref, on tient là un vrai petit bijou, qui mérite bien l'écrin dans lequel il se joue. En attendant que d'autres le découvrent et en fassent enfin profiter le plus grand nombre.
Pierre FRANÇOIS
« La Valse avant la nuit », de et mis en scène par Benoît Marbot. Avec Leslie Lipkins, Valentin Papoudof, Bernard Passavy, Claudy Corvo, Paul Spera. Costumes : Cécile Flamand. Lumière : Colas Reydellet. Décor : Pierre Serval.
Du 13 au 16 et du 20 au 23 janvier à 20 h 30 au Théâtre du petit Parmentier, place Parmentier, 92200 Neuilly-sur-Seine, métro porte Maillot, tél. : 01 46 24 03 83.

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