Théâtre : « Le Cercle des utopistes anonymes » au Théâtre du Grand parquet, à Paris

Étrange.
« Le Cercle des utopistes anonymes » est une pièce surprenante. Pas de personnages théâtraux dans ce spectacle, mais plutôt des quidams qui ressemblent à chacun de nous lorsque nous refaisons le monde alors que notre perception de la réalité est obscurcie par une journée harassante ou quelques vapeurs et volutes. Deux hommes et une femme dissertent donc en des propos qui rappellent quelques souvenirs à ceux qui vécurent mai 68. La langue d'Eugène Durif est réjouissante, faite d'assonances et de jeux verbaux. La fausse gaucherie des comédiens, si elle déroute au départ, ne fait que reproduire nos propres hésitations face à cet enjeu de toutes les époques : l'utopie est-elle encore possible ?
C'est l'objet de leur débat, qu'ils mènent à coup de réflexions personnelles, d'hésitations, de piques, de citations, comme le font n'importe quels étudiants, attardés ou non. On est dans un huis clos idéologico-philosophique. Certes, le langage est parfois daté – si on échappe au « niveau du vécu », on a quand même le droit d'entendre l'un ou l'autre être « interpellé » – mais peu importe, on est là dans un de ces moments où tout s'arrête, hormis la pensée. Cela donne un spectacle particulier, en dehors des clous de la convention, ce qui correspond assez bien à son contenu…
Pierre FRANÇOIS
« Le Cercle des utopistes anonymes », d'Eugène Durif. Avec Pierre-Jules Billon, Eugène Durif, Stéphanie Marc. Mise en scène : Jean-Louis Hourdin. Jusqu'au 3 mai du jeudi au samedi à 20 heures, dimanche à 15 heures au Grand parquet, jardin d’Éole, 35, rue d'Aubervilliers, 75018 Paris, tél. : 01 40 05 01 50,  http://www.legrandparquet.net/.

Photo : Thierry Laporte

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