Théâtre : « Les Fourberies de Scapin », de Molière, au Théâtre Michel à Paris.

Inventives.
« Les Fourberies de Scapin », au Théâtre Michel, sont aussi réjouissantes que pleines d'inventions. Entendons-nous bien : le texte est bien celui de Molière, mais le phrasé, les intonations, la gestuelle, les onomatopées, le rendent actuel tout en renforçant sa dimension comique.
On est très rapidement pris par le jeu des comédiens et le rythme de la pièce. La troupe du Grenier de Babouchka réussit ce tour de force d'étonner à partir d'un texte archi-connu. Même la scène du « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » est si bien jouée qu'on a l'impression de l'entendre pour la première fois. Au passage, sans doute parce que la même troupe joue aussi le « Cyrano de Bergerac » de Rostand avec autant de talent, on note le chassé-croisé entre les deux pièces. Ragueneau dit à Cyrano que, moucheur de chandelles chez Molière, il veut le quitter car « je suis indigné !… Hier, on jouait Scapin,/Et j'ai vu qu'il vous a pris une scène ! Le Bret : Entière ! Ragueneau : Oui, Monsieur, le fameux : "Que diable allait-il faire ?…" Le Bret, furieux : Molière te l'a pris ! Cyrano : Chut ! chut ! Il a bien fait !… ». Et, dans le dernier acte des « Fourberies », on a cette mise en scène de Scapin se faisant passer pour agonisant : « Carle : Le pauvre Scapin… Géronte : C’est un coquin que je veux faire pendre. Carle : Hélas ! Monsieur, vous ne serez pas en peine de cela. En passant contre un bâtiment, il lui est tombé sur la tête un marteau de tailleur de pierre, qui lui a brisé l’os, et découvert toute la cervelle. Il se meurt, et il a prié qu’on l’apportât ici pour vous pouvoir parler avant que de mourir. ». On sait que le Cyrano historique et Molière se connaissaient (ils auraient tous deux fréquenté les cours du théologien, philosophe et surtout astronome Pierre Gassendi en compagnie de Boileau, La Fontaine, François Bernier ou Claude-Emmanuel Chapelle) et que la notion de droit d'auteur n'a été inventée que par Beaumarchais. Le contemporain de Molière est-il mort de la même manière que le héros éponyme ou bien Rostand s'est-il inspiré de Scapin pour le faire mourir aussi théâtralement ? Le certificat de décès du 1er août 1655 est muet à ce sujet. Mais foin des spéculations historiques : ce spectacle est particulièrement réussi et des plus réjouissants !
Pierre FRANÇOIS
« Les Fourberies de Scapin », de Molière. Avec Kamel Isker, Pierre Benoist, Patrick Clausse, Sebastien Gorki, Constantin Balsan, Agathe Sanchez, Jeanne Chérèze, David Mallet. Au Théâtre Michel, 38, rue des Mathurins, 75008 Paris, tél. : 01 42 65 41 30. En alternance avec Cyrano de Bergerac, Le Malade imaginaire et L'Avare jusqu'en mai. http://theatre-michel.fr/enfants.php

Photo : Fabienne Rappeneau

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