Théâtre : « Tristesse, animal noir », Théâtre de l’Aquarium, Paris.

Incendies, par Difouaine
Six quadragénaires et un bébé campent dans la forêt lors d’un été trop sec. Ils s’endorment et oublient le barbecue par négligence. La forêt s’embrase.
Dans cette pièce, construite en trois actes, l’incendie est le pivot qui fait basculer leur vie. Il y a un avant, souvent drôle, insouciant et mordant ; et un après, douloureux, poignant, à reconstruire.
Les personnages ont tous perdu quelque chose (la vie, un enfant, une main, l’amour, leurs illusions, leur intégrité morale, leur innocence). Les survivants se mettent en quête de justice, de succès, d’amour, d’enfant… de ce qui fait à ce moment-là leur essentiel.
Le défi que propose cette pièce au metteur en scène est de rester fidèle physiquement au texte percutant de ce jeune auteur allemand qui choisit, non d’évoquer, mais de montrer sur scène ce qui ne l’est pas : un incendie. À la lecture, pas de problème. Mais sur scène, c’est une autre histoire. En ce sens, la mise en scène de Guy Delamotte est un tour de force. Car comment représenter un incendie avec autant de force que dans le texte ? Par la vidéo : l’incendie est saisissant, nous y sommes plongés avec effroi.
J’ai pourtant regretté l’utilisation systématique de ce procédé qui fait sans doute passer un trop long prologue mais qui finit par lasser un peu : est-on encore au théâtre ?
En revanche, j’ai bien aimé les idées plus dramatiques : une banderole, par exemple, sur laquelle un personnage dessine son dépit amoureux évoque un cordon sanitaire après accident.
L’écriture de Anja Hilling est plurielle : pour elle, tout est texte dramatique : narration, répliques autant qu’indications scéniques. Le très long prologue narre l’arrivée des campeurs dans la forêt, les personnages prononcent eux-mêmes les didascalies les concernant face public. C’est déconcertant et intéressant.
Ça brûle et cela fait mal.
DIFOUAINE
« Tristesse, animal noir », Anja Hilling, Traduction de l’allemand Silvia Berutti-Ronelt. Mise en scène : Guy Delamotte. Video : Laurent Rojal. Avec : Olivia Chatain, Véro Dahuron, Thierry Mettetal, Mickaël Pinelli, Alex Selmane, Timo Torikka. Jusqu'au 15 février 2015, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h. Durée 2h05. Théâtre de l’Aquarium (Cartoucherie), route du champ de manœuvre, 75012. Paris. Tél. : 01.43.74.99.61.  http://www.theatredelaquarium.com. Métro : Château de Vincennes puis navette gratuite en face de la gare routière (pendant une heure avant et après le spectacle) ou bus 112 (zone 3). Parking gratuit sur place.

Photo : Tristan Jeanne-Vales.

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