Théâtre : « Le Prince, tous les hommes sont méchants » en tournée dans toute la France

« Le Prince » fait partie de ces livres qu’on a tous lu un jour ou l’autre et qui ne nous ont pas frappés par leur puissance comique. Laurent Gutmann a d’évidence voulu réparer cette injustice et y réussit admirablement. Soient trois candidats qui arrivent dans une salle anonyme de réunion pour y suivre un stage. En guise d’accueil, une assistante leur offre de partager une galette des rois tandis qu’un personnage au costume ancien est à l’écart, à jardin, assis avec une mandoline sur les genoux.

C’est la femme du groupe qui tombe sur la fève, mais au lieu de la laisser choisir un roi, on la dirige vers un de ces carrosses modernes appelés berline coupée. L’un des deux hommes profite de ses hésitations pour lui prendre sa couronne. Arrive alors le personnage isolé qui, telle une explication non pas de texte, mais de situation, cite l’ouvrage pour donner la clef de la déchéance subite. Et ainsi commence un jeu de chaises musicales avec cette couronne qui ne reste jamais en place bien longtemps, et à chaque fois il nous est révélé pourquoi et quelle attitude le prince doit adopter pour ne pas perdre son pouvoir.

Le décalage entre les citations et le contexte contemporain de ce stage est déjà un premier élément comique. Les mises en situation, qui sont traitées avec un réalisme tout aussi comique, en sont un second. Enfin, l’intervention sollicitée du public achève de nous faire voir notre propre nature avec un réalisme aussi lucide qu’amusé.

On croit dès le départ à chacun des personnages et on cerne assez vite la psychologie des trois candidats (ainsi que le côté discrètement féministe de la pièce). Le rythme, s’il n’est pas trépidant, est bourré de surprises. Les citations sont bien choisies et rendues vivantes par les faits qui les amènent.

Alors, Machiavel était-il un sinistre cynique ou bien faisait-il œuvre d’éducateur politique pour le peuple en publiant ce qui se disait déjà dans les milieux proches du pouvoir ? Donne-t-il des conseils pour le conserver quoi qu’il en coûte ou bien ne fait-il que seriner à celui qui est au Capitole qu’il se retrouvera sur la roche tarpéienne toujours plus tôt qu’il ne le souhaiterait ? D’une certaine façon l’art de gouverner est comparable au le vol à voile : que quand on cesse d’être soulevé – que ce soit par le vent ou les foules – la chute est inévitable.

Reste que ce texte, avec le parabole des talents ou celle du gérant habile, fait partie de ces écrits qui froissent une conscience chrétienne du fait de leur exactitude factuelle même. « Tous les hommes sont méchants » inculque le maître à son élève prince en l’invitant à gouverner en fonction de cette réalité. Alors que faire pour participer à la création comme la Bible nous le demande ? Attendre que Dieu agisse à notre place en faisant des miracles en reconnaissance de notre foi ou bien mettre les mains dans le cambouis en agissant par ruse et violence et en faisant fi des réprimandes morales ? Après tout, au départ de Wikipedia – qui rend d’immenses services – il y a bien eu les bénéfices d’un site dit « de charme »…

Pierre FRANÇOIS

« Le Prince, tous les hommes sont méchants », d’après Machiavel. Adaptation et mis en scène de Laurent Gutmann. Avec Thomas Blanchard, Cyril Dubreuil, Maud le Grévellec, Shady Nafar, Pitt Simon. Le spectacle sera à Belfort du 14 au 16 octobre (tel. : 03 84 58 67 67), au Vésinet le 4 novembre (tél. : 01 30 15 66 00), à Suresnes du 12 au 14 novembre (tél. : 01 46 97 98 10), à Brest du 18 au 29 novembre (tél. : 02 98 33 95 00), à Aulnay-sous-Bois le 2 mars (tél. : 01 58 03 92 75), à Tarbes les 5 et 6 mars (tél. : 05 62 90 08 55), à Tours du 10 au 19 mars (tél. : 02 47 64 50 50), à Gradignan le 23 mars (tél. : 05 56 89 98 23), à Saint-Nazaire les 26 et 27 mars (tél. : 02 40 22 91 36), au Perreux-sur-Marne le 31 mars (tél. : 01 43 24 54 28), à Brétigny-sur-Orge le 7 avril (tél. : 01 60 85 20 85), à Sartrouville les 9 et 10 avril (tél. : 01 30 86 77 79), à Angoulême les 14 et 15 avril (tél. : 05 45 38 61 61), à Saint-Raphaël le 22 avril (tél. : 04 98 11 89 00), à Foix les 27 et 28 avril (tél. : 05 61 05 05 55), à Saint-Herblain le 5 mai (tél. : 02 28 25 25 00), à Istres le 12 mai (tél. : 04 42 56 48 48).

Photo : Pierre Grosbois

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