Musique : Sarah Savoy et le festival « Villes des musiques du monde »

Le festival « Villes des musiques du monde » est destiné à un public familial. Mais sur scène aussi se déroulent des histoires de familles, comme celle des Savoy, musiciens et chanteurs cajuns. Leur tête de pont en France est Sarah, une des deux filles qui, outre son activité artistique, se mue régulièrement en conférencière sur la culture de son pays et maître-queux pour en démontrer les richesses culinaires. Sans compter sa fierté affichée d’être une catholique consciente de son choix.

SarahSavoyPhotoGabrielleSavoy147X220L’histoire familiale est celle d’une famille originaire de Savoie qui se trouve à Loudun en 1605 lors du départ en Acadie. S’ensuit le destin que chacun connaît : le « grand dérangement » – en fait l’extermination : on estime que sur douze à dix-huit mille âmes, sept à neuf mille périrent des conséquences de cette déportation – qui eut lieu à la suite du traité d’Utrecht de 1713, lorsque les Anglais confisquèrent les terres des francophones de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et d’une partie du Maine. Sa famille a la chance d’arriver jusqu’en Louisiane, où l’accueil fut un peu meilleur qu’ailleurs. La maison de ses parents est dans la famille depuis quatre générations et c’est sous sous le chêne tricentenaire du jardin que Sarah s’est mariée.

Le jardin – et la cuisine – sont en Louisiane des lieux importants : le climat commande de cuisiner le plus possible à l’extérieur. Et comme cette terre a porté beaucoup de populations, les recettes sont d’influences multiples : espagnoles, allemandes, françaises, indiennes. Elle a appris la cuisine en écoutant son père, fabricant d’accordéon cajun (dérivé de l’accordéon allemand diatonique) commenter les recettes quand il invitait (souvent) les voisins musiciens.

SarahSavoyPeintureSacreCoeur165X220Chez les Savoy, les instruments de musique étaient rangés… dans la cuisine. Encore cette intrication entre nourriture et art. Sarah commence par le piano, continue avec le violoncelle jusqu’à ce que son frère la pousse à chanter. Même dans sa période punk et en recherche de sens de la vie, elle garde le contact avec sa famille tant elle sent ses parents aimants et respectueux. Comme la meilleure école de la région est catholique, elle y entend les cours de religion d’un prêtre « cool » dont la foi n’est pas aveugle et qui est capable de répondre à toutes ses questions à travers un discours qui n’est ni oppressant ni illuminé. À partir de ces réponses, dont l’intelligence ne met pas en cause son sens de la rigueur et de traditions comme le chapelet, son choix est fait, elle sera la seconde catholique de la famille, avec son frère (sa mère est protestante). Elle est confirmée à 18 ans.

À la fin de ses études, elle enregistre un album avec le groupe familial et part aussitôt au pays de Dostoïevski. À Moscou, elle retrouve le sens de la vie communautaire qui a bercé sa jeunesse, mais la musique et la famille lui manquent. Elle rejoint le groupe familial pour un concert à Ris-Orangis, où un autre groupe lui propose de revenir chanter de temps en temps. Un jour, il faut chercher un contrebassiste et quand elle le voit arriver elle sait que ce sera son mari et que la période russe est terminée. Aujourd’hui elle est l’européenne de la famille et est heureuse que pour la première fois un festival de musiques du monde ait intégré dans son programme de la musique francophone cajun.

Pierre FRANÇOIS

« Villes des musiques du monde », Cap sur Congo square au cœur de la Nouvelle-Orléans et family music, la musique en héritage : bals, concerts, ateliers, repas, croisière musicale. Tarif de 15 € à la gratuité, tél. : 01 48 36 34 02, www.villesdesmusiquesdumonde.com, info@villesdesmusiquesdumonde.com.

Photo : Nick Barber (en tête), Gabrielle Savoy (nu à l’accordéon).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *