Dix ans de progressions !
Le festival Imago fête son dixième anniversaire avec sa sixième édition. Biennal, il alterne avec – les années impaires – les « plateaux Imago » – qui permettent à des troupes de se montrer devant les professionnels. Mais pas n’importe quelles troupes ou professionnels. Issu du mariage entre les festivals Orphée et Viva la vida, il en reprend les exigences : une troupe comprenant une ou plusieurs personnes handicapées et d’un niveau réellement professionnel et, du côté des professionnels, une réelle ouverture à l’inclusion pour accueillir à la fois des troupes et des publics différents.
Richard Leteurtre, un des codirecteurs avec Olivier Couder, fait observer que cette année est marquée par trois caractéristiques.
D’une part, le festival commence à essaimer. L’idée est née en 2024 avec « Cultivons nos singularités », organisé par le Glob Théâtre, qui est annuel et fonctionne selon les mêmes critères qu’Imago au point qu’il est annoncé dans le programme de ce dernier au même titre que les spectacles d’Île-de-France. Seules les dates diffèrent : du 6 novembre au 10 décembre à Bordeaux et de septembre à décembre pour toute l’Île-de-France et près d’une centaine de lieux.
La différence de durée est évidemment due, et c’est là la surprise de cette année, à la multiplication des spectacles proposés. De 120 en 2024, ils sont passés à 174 cette année. Richard Leteurtre interprète cela comme la conséquence d’un effet de visibilité, comme si un seuil avait été franchi lors de la dernière édition. Ce sont à la fois plus de spectacles et de lieux qui se sont adressés à Imago lors des derniers plateaux, pour être sélectionnés ou recommandés. Les lieux, en particulier, sont devenus de véritables partenaires de proposition.
Enfin, il y a désormais des artistes handicapés qui se prennent en charge au point de créer eux-mêmes leur compagnie. C’est un pas énorme, qui prouve combien la génération actuelle parvient à sortir de la vassalisation dans laquelle les valides – souvent validistes sans s’en douter – les tiennent encore souvent. Une femme en fauteuil roulant parvient, par exemple, à être prise au sérieux par une administration quand elle annonce qu’elle est danseuse et veut créer sa compagnie. C’est un pas de géant.
Le but ultime d’Imago, confie Richard Leteurtre, étant qu’à force de progrès en matière d’inclusion, le festival disparaisse, étant devenu inutile dans une société qui sera devenue complètement inclusive.
Pierre FRANÇOIS
Festival Imago : https://festivalimago.com/


