Introspection et état des lieux.
« La Spiritualité du Festival de Cannes » est bien résumée par le sous-titre de l’ouvrage : « un prêtre fait son cinéma sur le tapis rouge ». De quoi s’agit-il ? Dans un opuscule de 137 pages, qui se lit comme un roman, l’auteur part d’une expérience – la montée du tapis rouge – pour en tirer des enseignements concernant la relation entre le cinéma et le christianisme, les chrétiens et les prêtres.
L’auteur sait de quoi il parle. En effet, il n’a pas été nommé dans une paroisse de la Mecque du cinéma pour rien : originaire de Côte d’Ivoire où il enseigne la communication, il est passé par l’Université pontificale salésienne où il a obtenu un doctorat en sciences de la communication et fait partie du groupe international de recherche sur le projet « Vatican II – héritage et mandat ».
Le plan du livre est d’une simplicité désarmante – avant, pendant et après le tapis rouge – et le vocabulaire employé à la portée de n’importe quel lecteur.
Sa référence principale est l’Écriture sainte (10 citations), le concile Vatican II (Gaudium et spes, Presbyterium ordinis) et les documents pontificaux de Jean-Paul II (particulièrement Pastores davos vobis) ou de Paul VI (Evangelii nunciandi). Il cite aussi des théologiens, dont le protestant Jacques Ellul et l’orthodoxe Olivier Clément, sans oublier le docteur de l’Église Thomas d’Aquin. Il fait même référence à Maurice Zundel. Ce prêtre et théologien mystique suisse contemporain de Paul VI est si connu des croyants qu’il est régulièrement réédité alors qu’il est très peu cité par les documents de l’institution catholique.
Il fait enfin référence à des universitaires en sciences sociales, notamment des sociologues et des philosophes, chacun étant convoqué pour enrichir la réflexion sur un des enjeux de la vie hyper-médiatisée dans laquelle nous nageons. Comment le Vatican, le Royaume-Uni ou la France se sont-ils positionnés face à l’émergence des nouveaux médias, à commencer par le cinéma puisque tel est le sujet du livre ? Qu’est-ce que la mission ? Quelle est la dimension éducative du cinéma ? Comment discerner, sous le monde de représentation offert par ceux qui font des films, le monde réel ?
L’originalité de ce livre est de présenter ces questions (pas si) théoriques (que cela) sous la forme d’une introspection. Cela donne, souvent en creux, mais aussi explicitement vers la fin de l’ouvrage, une réflexion riche sur ce que c’est que d’être prêtre – ou simplement chrétien – dans un monde qui dit ne plus l’être. Rien que pour ce dernier point, ce livre mérite d’être lu, tant il est rare qu’un prêtre livre ses propres incertitudes quant à son rôle social.
Pierre FRANÇOIS
« La Spiritualité du Festival de Cannes, un prêtre fait son cinéma sur le tapis rouge », de Francis Barbey. Éditions L’Harmattan, collection « Éducation et médias », 137 pages, 16 €, ISBN 978-2-336-64202-4.


