Il fallait oser.
« Les P’tites cases » pourrait être sous-titré : il fallait oser. Oser mettre en vis-à-vis un comédien sourd et deux entendants. Oser traiter la question du handicap d’une façon à la fois kafkaïenne et comique. Même si le texte fait référence, disent les familiers du milieu psy, à des rhétoriques largement passées de mode. Même si le comique de répétition – la rituelle pause-café – devient, au fil du temps, un peu appuyé. On croit aux contextes décrits tout en découvrant leur absurdité. Le comique rejoint donc ici la réflexion sur la manière que l’on a d’attendre des personnes handicapées qu’elles s’expriment ou réagissent de la même manière que les autres. Les comédiens deviennent alors autant de marionnettes, chacune interprétant un profil bien défini, manipulées par un fatum impitoyable. Il arrive même que, semblables à leurs modèles, les corps des protagonistes se penchent de concert soit symétriquement, soit pour amplifier une situation de domination. La raideur des esprits est traduite par celle des attitudes et des démarches. Ce jeu sobre et parfaitement codé fait ressortir avec d’autant plus de relief l’absurdité des situations, voire des propos, notamment de ceux du psy, qui le ridiculisent sans que quiconque ait besoin de les relever.
Pierre FRANÇOIS
« Les P’tites cases », de Joël Chalude. Avec Elliot Jenicot, Joël Chalude, Benoît Cassard, et la voix de Christine Murillo. Mise en scène : Jean-Claude Cotillard, assisté de Soli. Son, lumières : Guillaume Ledun. Décor, accessoires : Olivier Penot. Répétitrice : Fanny Druilhe. Production : Symbioses. Du jeudi au samedi à 21 heures, dimanche (surtitré) à 14 h 30 jusqu’au 12 avril 2026. Relâches : 08 mars et 11 avril au Studio Hébertot, 78 bis, boulevard des Batignolles, 75017, Paris. M° Villiers ou Rome. Tél. : 01 42 93 13 04. https://studiohebertot.com/spectacles/les-ptites-cases/
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