Très belles incarnations.
On ne présente plus « Une maison de poupée » d’Ibsen, qui mêle la question de l’émancipation féminine à celle de la lutte entre la loi de l’amour et les règles sociales. Tout en faisant la part belle au mystère entourant certains personnages. Certes, la suppression de quelques rôles secondaires – les enfants, la bonne, la vieille nourrice, le commissionnaire – retentit sur le rythme en ce qu’ils n’interrompent plus le déroulement du délitement matrimonial. Les rebondissements inaugurés par la rencontre entre Kristine et le maître chanteur donnent alors un coup de fouet à une histoire dont on pensait déjà tenir les tenants et les aboutissants. Cette suppression possède néanmoins une grande qualité : elle permet de se concentrer sur la richesse et les contrastes des personnalités. Ceci d’autant mieux que tous les personnages sont interprétés avec une grande vérité dès leur entrée en scène. Ainsi, si l’on comprend à livre ouvert la mentalité de chacun des membres du couple, on perçoit tout aussi immédiatement le mystère qui entoure Kristine et le docteur Rank. Enfin, le procédé permet de mettre également en contraste les évolutions de Krogstad et de Torvald, l’un passant de la faute à la vertu et l’autre de la convention à la dissimulation (ce qui pose la question de savoir qui est le plus superficiel entre Torvald et son « écureuil »). Même si cela est moins dû au choix de mise en scène qu’à la vérité dégagée par la comédienne, Nora, si elle se trouve elle-même à la suite du « prodige » qui n’a pas eu lieu chez Torvald, est aussi le catalyseur qui révèle la personnalité de quelques autres : l’hypocrisie de son mari et la richesse morale de Kristine ou encore la discrétion du docteur. Tout cela ressort d’autant mieux que le jeu est très bien rôdé. Enfin, l’ambiance feutrée créée par le décor met en valeur, par contraste, les violences de Torvald et de Krogstad. On tient là une mise en scène très bien aboutie.
Pierre FRANÇOIS
« Une maison de poupée », d’Henrik Ibsen. Avec : Franck Delage, Rui Ferreira, Camille Leroy, Esther Ségal, Valentin Terrer. Costumes Frédéric Morel. Décors : Rui Ferreira. Mise en scène, lumières : Ari H. Dans la grande salle du Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, 75009 Paris, les 28 février à 20 h 30, 29 mars à 14 h 00, 2 avril à 20 h 30, 26 avril à 16 h 00, 28 avril à 21 h 00. Métro : Bourse, Le Peletier, Grands Boulevards, bus 20, 39, 48, 67 (Grands-Boulevards). Durée 2 h 15.
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